L’Islam au Louvre, un pari pour l’avenir

L'ŒIL

Le 1 février 2003

Le refus, par le ministre de la Culture et de la Communication, du projet proposé par Henri Loyrette de déployer dans l’aile et le pavillon de Marsan du palais du Louvre, actuellement dévolus à l’Union centrale des arts décoratifs (Ucad), le grand département des arts de l’Islam souhaité par le président Jacques Chirac (discours de Troyes du 29/10/02), laisse un goût d’occasion manquée.

Le projet du président du Louvre proposait de réunir, dans ces espaces de 12 000 m2, les collections islamiques du Louvre (dix mille objets, dont mille trois cents actuellement présentés) et celles de l’Ucad (cinq mille objets appartenant au musée des Arts décoratifs actuellement en travaux, dont aucun n’est visible depuis 1972 à l’exception de quelques dépôts et dont l’exposition n’est pas envisagée pour la réouverture du musée en 2005).

Abritée par le palais du Louvre depuis 1897, l’Ucad réunit dans ses prestigieuses collections quelque cent cinquante mille objets d’art décoratif, du Moyen Âge à nos jours. Côté musées (l’Ucad en réunit quatre, plus une bibliothèque et des écoles), les deux fleurons de l’institution sont le musée Nissim de Camondo, situé rue de Monceau, et le musée des Arts décoratifs logé dans l’aile et le pavillon de Marsan mais dont les surfaces ne permettront, à la réouverture du musée, que de présenter le quart environ des collections.

Depuis des années l’Ucad souffre des fermetures successives de ses musées (la Bibliothèque des arts décoratifs, qui dépend également de l’Ucad, vient quant à elle de rouvrir ses portes, cf. p. 99), des travaux annulés, modifiés puis repris, de quelques échecs aussi, comme celui du musée de la
Publicité. La visibilité de l’institution souffrant finalement de sa localisation au sein du palais du Louvre dont le prestige lui fait ombrage. Peut-être souffre-t-elle aussi du manque de redéfinition de ce que doit être cette institution plus d’un siècle après sa création, d’une réflexion sur ses statuts (association Loi de 1901), ses objectifs, ses composantes (les musées de la Publicité et de la Mode, qui fonctionnent essentiellement sur la base de « rotations » thématiques d’œuvres issues des collections et non comme des collections permanentes, ne pourraient-ils jouer leur rôle ailleurs qu’au pavillon de Marsan ?).

Le refus de ce projet de redéploiement risque de poser au Louvre des problèmes de place
insolubles, l’art islamique doit y devenir plus visible, mais sans cette solution il ne pourra prendre sa vraie place qu’au détriment d’autres départements. Par ailleurs, les travaux en vue de la réouverture totale du musée des Arts décoratifs en 2005 sont en passe de démarrer enfin. Une première ouverture, celle de la galerie des Bijoux, pour laquelle l’Ucad a trouvé un important mécénat, est programmée pour 2003. Mais l’urgence, en l’état actuel des choses, ne serait-elle pas de se donner quelques mois de plus pour repenser, en liaison avec le musée du Louvre, la destination finale de l’aile et du pavillon de Marsan et la meilleure façon de mettre en valeur des collections inestimables et aujourd’hui invisibles, qu’elles soient d’art islamique ou d’arts décoratifs européens ?

Le projet de création, dans l’ancien musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (MAAO) de la porte Dorée, d’un ensemble qui réunirait des œuvres d’arts décoratifs des années 1920-1960 venues de l’Ucad, du Mobilier national, du Fnac, ne doit pas être dissocié de la réflexion sur l’avenir de l’Ucad et du Grand Louvre. C’est pourquoi Jean-Jacques Aillagon a demandé à Béatrice Salmon, directrice du musée de l’Ucad, de lui rédiger un rapport sur sa faisabilité. C’est une occasion à saisir. Si l’Ucad avait l’audace de placer ses fleurons du XXe siècle porte Dorée, cela lui permettrait de prendre la tête de ce nouveau lieu, tout en libérant de précieux mètres carrés sur la rue de Rivoli.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°544 du 1 février 2003, avec le titre suivant : L’Islam au Louvre, un pari pour l’avenir

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