Mercredi 8 décembre 2021

Chaque mois, Elisabeth Couturier présente un objet cher à un artiste. Ce mois-ci ...

Les chats d’atelier de Carole Benzaken

Par Élisabeth Couturier · L'ŒIL

Le 13 décembre 2013 - 650 mots

« Je ne suis pas superstitieuse et je ne possède ni grigri, ni objet fétiche. Par contre, je ne pourrais pas travailler dans l’atelier sans la présence de mes deux chats ! » Voilà qui est dit.

Sceptique sur les pouvoirs irrationnels que l’on peut prêter à certains objets, Carole Benzaken n’en est pas moins sensible aux comportements parfois étranges des deux félins qui partagent son espace au quotidien et qui, dit-elle, « rythment, comme par magie, [ses] journées de travail ». Elle précise : « C’est toujours au moment où je suis complètement absorbée que l’un des deux se met à miauler pour que je lui ouvre la porte pour sortir prendre l’air. Sur le coup, ça m’agace mais, finalement, cette interruption forcée se révèle bénéfique : je pose un autre regard sur le travail en cours et il m’arrive de changer de direction. Ça m’apporte un nouveau souffle. »

Deux chats critiques d’art qui l’avertiraient quand elle fait fausse route ? Quelle arrogance ! L’artiste s’amuse de sa situation de portier dévoué : « L’art, dit Carole Benzaken, ne sert-il pas à ouvrir des portes ? Je suis donc une ouvreuse de portes ! » (Grand éclat de rire). De fait, le « binôme », comme elle dit, qui arpente son atelier est constitué d’une fille et d’un garçon. Il y a Ma-Chat, la femelle noire et blanche avec une tache sur le museau, comme si elle avait été peinte à l’encre de Chine : « Elle est drôle et super câline. Elle ressemble à la chatte qui figure dans l’Olympia de Manet, un de mes tableaux référentiels. » Et puis il y a Knight, un bâtard à longs poils blancs, avec la queue et le dessus de la tête roux : « Il est très attentif à ce que j’entreprends. Quand j’ai une panne, que je reste assise sans trop savoir quoi faire, il vient se frotter contre moi et me redonne une incroyable énergie. » Deux animaux de compagnie qui vivent en parfaite harmonie sans peur d’inverser les rôles. Aux dires de leur maîtresse, Ma-Chat ne cesse de s’aventurer loin de son périmètre, d’explorer les alentours et même d’aller ronronner sur les canapés des voisins. Plus frileux, Knigth, « le chevalier bâtard », ne s’éloigne jamais trop du périmètre de la cour intérieure, claire et calme, de cet atelier du 10e arrondissement de Paris.

Bref, ce sont des chats qui passent, sans arrêt, du dedans au dehors. Tout comme l’artiste qui, à l’extérieur, dans son environnement immédiat, récupère ou capte avec sa caméra ou son appareil photographique un maximum d’images. Et qui dans le lieu matriciel que représente, pour elle, l’atelier, en restitue les vibrations. Des images « sans qualité » qui alimentent son « rouleau de peinture », fresque sans fin de tableaux miniatures, ou encore ses grandes toiles ou caissons lumineux. Mais revenons aux pensionnaires préférés de l’artiste. Ils prennent certaines libertés : « Pour eux, la peinture est un formidable terrain de jeu, raconte Carole Benzaken. Ils marchent ou dorment sur les toiles que j’exécute au sol, s’emberlificotent dans les peintures à lanières, se pavanent devant les travaux accrochés au mur. Résultat : dans les expertises que j’ai eu à faire sur certaines toiles, les constats mentionnent des poils de chat dans la matière picturale ! » Intarissable à leur propos, elle ajoute : « Ils ont leur propre autonomie. Travailler à leur côté m’apaise : ils sont sensibles aux ondes, aux bons spots, à la bonne lumière. Et ils gardent un jardin secret. » Les a-t-elle portraiturés ? De nombreuses fois dans ses rouleaux, mais rarement sur grandes toiles : « Deux fois seulement. Des travaux qui m’ont permis de sortir de la thématique des tulipes qui m’a occupée durant trois ans et qui commençait à s’épuiser. Quand je vous dis qu’ils sont en phase avec ma petite musique intérieure ! » 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°664 du 1 janvier 2014, avec le titre suivant : Les chats d’atelier de Carole Benzaken

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