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À l’enseigne de La Cloche d’or : les Le Guay, une dynastie de fondeurs de cloches

Par Clément Noual · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2015 - 737 mots

Le 850e anniversaire de la cathédrale de Paris en 2013 fut marqué par la bénédiction de neuf nouvelles cloches, toutes accordées sur Emmanuel, le bourdon historique de douze tonnes qui avait accompagné l’histoire de son église et de la capitale en sonnant pour les grandes occasions, comme lors de la Libération de Paris.

Malgré l’importance de celui-ci, son fondeur, Florentin Le Guay, demeurait presque inconnu, tout comme les autres membres de sa famille dont la production était pourtant réputée pour ses qualités acoustiques et esthétiques. Cette thèse avait pour objectif de pallier cette lacune et de contribuer, par l’étude de cette dynastie, à une meilleure connaissance des fondeurs de cloches parisiens sous l’Ancien Régime.

La famille Le Guay, dont sont issues au moins trois générations de fondeurs de cloches, entre 1650 et 1741, est caractérisée par sa continuité patronymique (les aînés s’appelèrent toujours Florentin), par une stabilité géographique remarquable dans le faubourg Saint-Marcel où se concentrait alors la profession, et par le style homogène de sa production. Malgré les décennies et certaines séparations qui advinrent, on retrouve les mêmes décors sur les cloches de la dynastie, avec très peu d’évolutions : les Le Guay se transmirent les matrices de décor et même leur estampille en ce qui concerne les aînés. L’ascendance de Florentin Ier Le Guay est mystérieuse, mais en épousant Madeleine Delaistre, il s’unit à une vieille dynastie de saintiers d’origine lorraine mais établie à Paris. Il fit partie au moins depuis 1661 de la communauté des maîtres fondeurs en terre et sable, dont il devint plus tard l’un des jurés élus pour deux ans. Il acheva sa carrière en beauté : elle fut marquée par de grandes réalisations, comme celle du petit bourdon de la cathédrale de Reims – ce qui révèle que sa renommée dépassait Paris – et des commandes royales pour les Invalides, les châteaux de Versailles et de Saint-Germain-en-Laye. Cette situation ne cachait cependant pas une situation économique fragile, où le passif dépassait l’actif lorsque survint son décès vers la fin de l’année 1681 ou au tout début de 1682. Il laissa une veuve, une fille, Élisabeth, qui avait déjà épousé le fondeur de cloches Gilles Édeline Ducoudray, et quatre fils. Florentin II, Louis et Jean suivirent les traces de leur père, tandis que Claude embrassa la vocation ecclésiastique qui le conduisit à rejoindre le chapitre canonial de Langres. Madeleine Delaistre, en qualité de veuve de maître, prit les rênes de l’atelier pendant une dizaine d’années, passant elle-même des contrats avec les fabriques des églises et déléguant vraisemblablement le travail à ses fils et beau-fils jusqu’en 1691, date à laquelle elle leur céda les outils pour se retirer à Langres.

Florentin II Le Guay avait appris le métier auprès de son père, et l’avait notamment accompagné à Reims. Ses débuts le promirent à un bel avenir puisque c’est lui qui, fort de son expérience rémoise, réalisa le gros bourdon Emmanuel de Notre-Dame de Paris, en collaboration avec d’autres fondeurs en 1681. Les chanoines, cependant, contestèrent en justice sa recevabilité à cause de sa note, et le consortium fut condamné à le refondre en 1686 : il est aujourd’hui considéré comme un chef-d’œuvre campanaire. Florentin II Le Guay était d’ailleurs réputé de son vivant « le fondeur le plus habile de Paris ». Il fut aussi juré du métier à deux reprises et fit imprimer à cette occasion en 1699 une magnifique gravure pour la confrérie de Saint-Hubert et Saint-Éloi. Sa réussite se traduisit aussi par son insertion dans la vie de son quartier : il fut marguillier de la paroisse Saint-Médard.

La cohésion familiale fut, pendant une période, très importante, et les frères Le Guay et Ducoudray collaborèrent souvent. La dynastie est bien moins connue au XVIIIe siècle, mais on constate cependant son éclatement : Ducoudray mourut sans postérité connue ; on perd trace de Jean Le Guay après 1717, alors qu’il semblait être retourné à Paris après avoir tenté une itinérance professionnelle ; Florentin III Le Guay décéda brutalement en 1739 à l’hôtel-Dieu de Meaux. Louis Le Guay enfin se déplaça progressivement dans le nord du royaume avant de s’installer à Abbeville, où il laissa une remarquable production dont un témoin, la Jacqueline, fut au cœur du scandale causé par la destruction de l’église Saint-Jacques en 2013. Il vécut au moins jusqu’en 1741, date de sa dernière cloche connue, et terme au-delà duquel on ignore ce qu’il advint de la famille.

Légende photo

Le bourdon Emmanuel © Photo de:Freedom_Wizard - 2009 - Licence CC BY-SA 3.0 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°442 du 2 octobre 2015, avec le titre suivant : À l’enseigne de La Cloche d’or : les Le Guay, une dynastie de fondeurs de cloches

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