Dimanche 16 décembre 2018

Edito

Le juste prix

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2017 - 335 mots

LVMH étend son territoire, Chanel donne son nom aux nouveaux espaces permanents du Musée Galliera…, cela fait maintenant plusieurs décennies que les entreprises de luxe ont investi les musées et l’art contemporain. Le sujet ne fait d’ailleurs plus débat, un renversement s’est même opéré, les marques sont aujourd’hui très sollicitées, voire courtisées par l’État et les collectivités locales, sans distinction politique. En l’espèce, c’est la municipalité parisienne socialiste qui a signé un « deal » – pour reprendre le vocabulaire de Donald Trump – avec LVMH et Chanel. Que les groupes de luxe dépensent une petite fraction de leurs bénéfices dans la culture ne peut qu’être salué. Tout le monde y gagne en créant un écosystème vertueux. Mais paient-ils le juste prix ? Si musées et art contemporain sont devenus de nouveaux territoires de communication, c’est bien parce que les pouvoirs publics consacrent des milliards à la culture chaque année, et ce depuis longtemps, augmentant ainsi la désirabilité du patrimoine et de la création. Selon le candidat à la présidentielle Benoît Hamon, qui a donné un entretien au JdA. fr, ce montant serait de 19 milliards d’euros. C’est parce que les musées, et à la suite leur image, se sont modernisés qu’ils attirent les marques. C’est parce que les écoles d’art et les centres d’art se sont, grâce à l’argent public, professionnalisés, formant de jeunes artistes et soutenant la création contemporaine, que cette dernière est récupérée par le luxe. Le juste prix donc ? pas lorsque ces groupes passent ces dépenses en mécénat puisqu’ils en regagnent une bonne partie en défiscalisation. Rappelons que ces réductions d’impôts sont de l’argent en moins dans le budget de l’État et donc du ministère de la Culture. Il serait naturellement stupide de supprimer ce dispositif fiscal, voire de taxer les dépenses du luxe dans la culture. En revanche, le juste prix consisterait à financer aussi des programmes dans les quartiers défavorisés, dans la démocratisation culturelle, dans l’éducation artistique à l’école, avec des montants proportionnels aux enjeux et sans défiscalisation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°475 du 17 mars 2017, avec le titre suivant : Le juste prix

Tous les articles dans Opinion

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque