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L’arbre et le livre au Moyen Âge. Encyclopédies et herbiers : les arbres dans le savoir botanique occidental

Le Journal des Arts

Le 11 mai 2016

La flore du savoir livresque au Moyen Âge est un univers d’une immense richesse : plus de cent vingt essences d’arbres peuplent les pages des textes savants. La grande diversité de ces essences constitue pour l’historien de la botanique un terrain de recherche foisonnant et encore assez peu exploré.

Aux sources de la « botanique » médiévale
Le savoir naturel médiéval n’est pas facile à circonscrire : le terme « botanique » est anachronique, puisqu’il ne s’impose comme substantif qu’à partir du xviie siècle. Le savoir naturel au Moyen Âge se construit autour de sources nombreuses et diverses, que ce soient les grandes compilations encyclopédiques du xiiie siècle, les herbiers médicaux, ou encore les traités agronomiques. Un certain nombre de ces textes ont été enluminés et les somptueux manuscrits qui nous sont parvenus témoignent du succès de ces ouvrages. Les encyclopédies s’ornent le plus souvent d’images frontispice, représentant la plupart du temps un verger ou une forêt. Dans les herbiers de matière médicale, en revanche, chaque plante fait l’objet d’une illustration, ce qui permet de dresser de véritables dossiers iconographiques autour de certaines essences d’arbres. La plante y est la plupart du temps représentée seule, à plat, ses racines bien en évidence. Certains arbres peuvent en revanche s’inscrire dans une scène de genre – les scènes de cueillette sont fréquentes dans les herbiers comme dans les encyclopédies.

Définir l’arbre : textes et illustrations

Définir l’arbre est un enjeu pour les savants. L’arbre archétypal du savoir botanique médiéval n’est guère différent de celui d’aujourd’hui : il s’agit d’un végétal de haute taille, doté d’un tronc ligneux, d’une large ramure, de racines, etc. Mais la définition de l’arbre se complexifie lorsqu’on confronte différents textes. De nombreuses essences font l’objet d’une définition variable : selon les sources, elles sont qualifiées tantôt d’arbre, de buisson ou d’arbrisseau, voire d’herbe. C’est le cas du roseau, du myrte, du rosier, de l’arbre à baume ou encore de la vigne. Au sein d’un même texte, une plante peut d’ailleurs faire l’objet d’une définition controversée. Il n’est pas rare que les auteurs médiévaux fassent une lecture critique des sources qu’ils compilent. Ces plantes au statut ambivalent interrogent la définition même de l’arbre au sens savant du terme et illustrent la complexité de la réflexion menée par les naturalistes médiévaux sur les catégories du monde végétal.

L’illustration botanique contribue également à la structuration de la flore médiévale. Dans un certain nombre de manuscrits, tous les végétaux sont représentés sur le même modèle avec des proportions identiques : arbres et plantes herbacées ne sont pas clairement distingués. Dans d’autres cas, l’iconographie s’emploie à séparer ces deux mondes par l’usage des couleurs ou le jeu des proportions. Bien avant l’avènement de la botanique « moderne », le règne des arbres a donc suscité des recherches lexicales et iconographiques approfondies.

Un arbre symbolique
Enfin, il n’est pas possible de se pencher sur l’arbre médiéval sans s’interroger sur sa dimension symbolique et allégorique. Les textes savants nous livrent en effet de nombreux éléments pour retracer l’histoire culturelle de certaines essences d’arbres. En outre, l’une des vocations du savoir encyclopédique médiéval est de servir de source à l’exégèse et à la prédication. Les qualités morales prêtées à certains arbres se fondent donc souvent sur leurs propriétés botaniques, contenues dans le savoir livresque. Certains arbres donnent lieu à un propos plus positif que d’autres. L’amandier, par exemple, est particulièrement valorisé, grâce à sa floraison précoce et à la douceur de son fruit : il est ainsi fréquemment comparé à la Vierge. Le saule, en revanche, est dépeint comme un arbre stérile et inquiétant – il possède néanmoins des qualités, puisqu’il est utile en médecine. Les arbres sont donc souvent dotés d’une dimension symbolique ambivalente. Un arbre assez négatif comme le noyer – son ombre est réputée nuisible – peut avoir des produits positifs : la noix est un aliment très apprécié.

Alice Laforêt

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°457 du 13 mai 2016, avec le titre suivant : L’arbre et le livre au Moyen Âge. Encyclopédies et herbiers : les arbres dans le savoir botanique occidental

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