Mercredi 13 novembre 2019

La Cour des comptes lâche les chiffres

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 14 avril 2011 - 462 mots

Bien qu’elle s’en défende, la Cour des comptes dresse un bilan plutôt critique des activités et surtout de la gestion des musées nationaux.

Les commentaires qui l’accompagnent sont parfois rudes et pas toujours dénués de contradictions ou d’a priori négatifs. La Cour pointe ainsi une forte augmentation des subventions allouées aux musées nationaux sans comparer ces chiffres avec les dépenses des collectivités territoriales pour leurs musées.

Elle ne tente pas non plus de mesurer l’impact économique positif des fonds publics. Sans aller jusqu’au ratio indiqué par le Louvre, qui affirme dans sa réponse qu’un euro de subvention génère dix euros de richesse économique, on peut quand même estimer que la dépense culturelle est aussi un investissement. La Cour souligne également la faiblesse du taux d’autofinancement tout en appelant à une évaluation (entendez un meilleur contrôle) des recettes de mécénat, qu’elle qualifie à juste titre de dépense fiscale.  

Il n’en reste pas moins que ce rapport est salutaire et je retiens trois critiques ou préoccupations particulièrement pertinentes. La première concerne l’échec de la démocratisation culturelle. On ne va pas y revenir ici, j’ai suffisamment dénoncé dans ces colonnes le manque d’actions ciblées auprès des publics défavorisés. La deuxième, plus subtile car difficile à mesurer, stigmatise l’affaiblissement du ministère de la Culture. Didier Migaud, le premier président de la Cour, n’hésite pas à affirmer que : « Les dirigeants des grands musées [sont] parvenus à s’extraire de l’encadrement des administrations ministérielles. » Que les très médiatisés directeurs des grands musées se soient constitués des baronnies agace la Cour, sans qu’elle le dise vraiment. Si la Cour des comptes se félicite de l’autonomie acquise par ces établissements, qu’elle appelait de ses vœux en 1997, elle regrette l’incapacité des différents ministres de la Culture à imposer à ces barons une politique nationale cohérente. De l’absence de contrats de performance ou de lettres de mission aux conflits avec la RMN, en passant par le chacun-pour-soi s’agissant, par exemple, de l’interdiction de photographier, les différents ministres ont manqué cruellement d’autorité au cours des dix dernières années. L’actuel titulaire du poste, que l’on entend surtout faire l’éloge, fort bien d’ailleurs, des « chers disparus », de Michael Jackson à Elizabeth Taylor, en est la parfaite manifestation. 

Le troisième sujet de préoccupation engage plus directement l’avenir : la Cour appelle en creux à remettre en cause les grands chantiers en cours (Mucem, Maison de l’histoire de France, C2RMF) qu’elle estime environ à un milliard d’euros. En rejetant par avance une augmentation des subventions, tout en constatant une stagnation de l’autofinancement, elle résume ainsi l’alternative qui s’offre : diminuer les budgets des structures existantes ou réduire fortement la voilure des grands chantiers en cours. L’option 1 paraissant impossible, c’est donc l’option 2 qui s’impose. Un dilemme cornélien pour un ministère affaibli.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°635 du 1 mai 2011, avec le titre suivant : La Cour des comptes lâche les chiffres

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