Jeu de miroirs

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 1 août 2007 - 328 mots

Les liens étroits entre les biennales et le marché de l’art ne datent pas d’hier. Il fut même un temps où la Biennale de Venise disposait d’un bureau pour la vente des œuvres exposées dans les Giardini ! Avec le temps, le marché s’est professionnalisé et les galeries ont pris du galon, au point parfois de dicter leurs lois à ces rendez-vous. Face à l’explosion des coûts de production des œuvres, ces grands raouts n’ont souvent d’autre solution que de se tourner vers les marchands pour boucler leurs budgets. Dans ces conditions, les artistes représentés par les grandes enseignes partent avec une longueur d’avance. D’un autre côté, certaines galeries cherchent à tirer parti de ces événements, comme celles réunies à Venise par la foire Cornice Art Fair, dont le plateau se révèle bien modeste. La proximité avec la Foire de Bâle, la plus importante pour l’art contemporain, n’y est pas étrangère. Celle-ci n’hésite d’ailleurs pas à se comparer à la Biennale de Venise, son directeur, Samuel Keller, nous ayant ainsi déclaré que la section « Art Unlimited donne une visibilité aussi bonne que l’Arsenal » ! En réaction au commerce, la Documenta 12 de Cassel joue, elle, contre le marché en organisant son vernissage pendant la Foire de Bâle, tandis que, pour éviter toute spéculation, elle a tenu secrète jusqu’à la dernière minute le nom des artistes qui y participent. Cette stratégie est cependant à double tranchant, puisqu’elle risque du même coup d’affaiblir l’événement.
Globalement plus consensuelle, la Biennale de Venise ouvre néanmoins cette année une porte en accueillant un pavillon consacré aux artistes africains – même si c’est par l’intermédiaire de la collection du controversé Sindika Dokolo –, et surtout, en attribuant un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière au photographe malien Malick Sidibé. Un Lion d’or qui n’est représenté par aucune des galeries participant à la Foire de Bâle où sont pourtant exposés deux mille artistes ! Preuve que le marché ne fait pas tout, même si, un jour ou l’autre, il récupère tout.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°261 du 8 juin 2007, avec le titre suivant : Jeu de miroirs

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