Mercredi 28 octobre 2020

Intuitu personae

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 22 avril 2014 - 312 mots

La fin du monopole des commissaires-priseurs en 2000 et l’arrivée consécutive de Christie’s et Sotheby’s pouvaient laisser présager un vaste mouvement de concentration. Il n’en a rien été, le nombre de maisons de ventes a même augmenté de 340 à 414. En réalité ceux qui pronostiquaient un mouvement de fusion ont aussi raison que ceux qui annonçaient le statu quo, pour la bonne raison que ce secteur professionnel a éclaté en plusieurs sous catégories. La loi de 2000 n’a pas mis fin au monopole des ventes judiciaires prospérant, si l’on peut dire, grâce à un nombre toujours aussi élevé de faillites. Et c’est donc protégés par un statut qui n’invite pas au regroupement, que les commissaires-priseurs, notamment en région, sont restés indépendants. Le développement des ventes volontaires aurait pu être un aiguillon, mais elles aussi reposent sur un modèle intuitu personae qui requiert peu d’investissements capitalistiques. Un bon réseau familial et des liens de confiance avec les notaires de la région suffisent à alimenter un flux de marchandises d’autant plus limité que les coûts de structures d’une étude (salle de vente, salariés) sont amortis par les ventes judiciaires. On peut s’étonner cependant que les commissaires-priseurs ne se soient pas plus investis dans les ventes de gré à gré, mais il est vrai que cette opportunité est récente. Mais à côté de ce tissu de ce qu’il faut bien appeler des commerçants, se développent de véritables entreprises nationales voire internationales qui, elles, sont en train de se concentrer entre les mains de quelques acteurs. Il y a d’un côté de grandes entreprises spécialisées dans les adjudications de voitures d’occasion, et de l’autre, les majors anglo-saxons qui opèrent sur le marché de l’art talonnés par une poignée d’opérateurs de ventes volontaires en majorité parisiens. Ces derniers auraient intérêt à se regrouper quand l’avenir des nouveaux entrants non adossés à une étude judiciaire s’annonce difficile.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°412 du 25 avril 2014, avec le titre suivant : Intuitu personae

Tous les articles dans Opinion

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque