Dimanche 25 juillet 2021

Finaliste, enfin, finalement

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 13 décembre 2013 - 613 mots

Finalistes Les arts plastiques n’ont pour une fois rien à envier au spectacle vivant et à ses nominations polémiques. Le nouveau directeur du Musée national d’art moderne vient de prendre son poste à l’issue d’une procédure interminable entachée par une série de manœuvres éhontées qui ne grandit pas l’image de la France et de ses institutions à l’extérieur. C’est donc Bernard Blistène qui succède à Alfred Pacquement, alors que la candidature du premier, en dépit de sa qualité indéniable, n’avait pas été retenue dans le carré des finalistes. Ce dénouement, qui a surpris jusqu’aux observateurs les plus avisés, n’a été permis que parce que l’Allemande Marion Ackermann et l’Autrichien Max Hollein, deux directeurs d’institutions européennes respectées, ont retiré au dernier moment leur candidature après avoir été l’objet d’une virulente campagne de dénigrement. Ceux-là mêmes qui se félicitaient lors de la Fiac du rayonnement retrouvé de la France reprochaient en effet à tel candidat de ne pas (encore) parler notre langue, à tel autre de ne pas (encore) connaître la scène artistique hexagonale… Oubliant de s’émouvoir de ce que la direction du Musée national d’art moderne, musée pourtant qualifié de « référence » dans le monde, n’avait pas suscité davantage de désir auprès des grands directeurs internationaux qui, eux, n’ont pas souhaité candidater. Ce sujet aurait pourtant mérité un vrai débat, qui aurait été cent fois plus fécond et plus sain que la seule question des prétentions salariales de Max Hollein. Hollein dont il se dit, au passage, qu’il pourrait prétendre diriger un jour le… MoMA.

Enfin Des débats, en revanche, il y en a bien eu dans le cadre du sixième congrès interprofessionnel de l’art contemporain organisé par la fédération du Cipac, en novembre. Tous n’ont pas répondu aux attentes des « professionnels de la profession » venus nombreux à Lyon, mais ils ont permis à des acteurs souvent indépendants (artistes, directeurs de centres d’art, membres d’associations…) de comprendre qu’ils n’étaient pas isolés, qu’ils pouvaient s’organiser et s’unir autour de causes communes, comme le projet en cours de création d’une convention collective qui fait défaut au secteur. Une nouvelle étape a donc été franchie au sein de la fédération de l’art contemporain qui a par ailleurs accueilli positivement le discours de sa ministre de tutelle venue lui présenter les grandes lignes de son projet de loi sur la création artistique. Celui-ci devrait être présenté au Conseil des ministres dans les prochains jours. Il devrait rappeler la liberté de créer comme celle de programmer, sécuriser les collections des Frac, moderniser le régime social des artistes-auteurs, etc. Cela peut sembler une évidence ; cela sera pourtant la première fois que la représentation nationale débattra sur la création artistique. Un nouvel élan pour le nouvel an ?

Finalement À l’initiative de sociétés privées d’auteurs (la Sacem pour la musique, l’Adami pour les interprètes, l’Adagp pour les plasticiens…), une récente étude montre le poids économique des industries culturelles et créatives en France, devant l’industrie du luxe et juste derrière celle des télécommunications. Selon cette étude (disponible sur ), qui devrait être prochainement confirmée par une seconde étude commandée cette fois par le ministère de la Culture et de la Communication, le secteur des arts graphiques et plastiques serait finalement, avec 307 716 emplois directs et connexes, le premier employeur des industries culturelles en France, devant le cinéma, la musique, le spectacle vivant…, légitimant un peu plus les projets de convention collective et de loi sur la création. L’étude indique également, au moment où la Française Laure Prouvost reçoit le Turner Prize, que ce secteur serait aussi, finalement, le champion à l’export. Mais rien, en revanche, sur sa capacité à importer des directeurs de musée…

Meilleurs vœux artistiques à tous.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°664 du 1 janvier 2014, avec le titre suivant : Finaliste, enfin, finalement

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