Lundi 10 décembre 2018

Culture et diplomatie

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 4 février 2005 - 317 mots

Depuis 1985, les saisons culturelles étrangères en France se succèdent, se chevauchent parfois même, à un rythme de plus en plus rapide. En l’espace de quatre ans ont ainsi été accueillis dans notre pays les artistes hongrois (2001), tchèques (2002), algériens (2003), polonais (2004), chinois (2003-2004), avant que ce ne soit aujourd’hui le tour des brésiliens. Ces vastes programmes impliquent l’ensemble des domaines de la création, aussi bien les arts plastiques contemporains et passés que la musique, le théâtre, le cinéma, la danse, la littérature... Ils permettent de tisser des liens parfois solides aussi bien avec les créateurs eux-mêmes qu’avec les structures qui les diffusent et les soutiennent dans leurs pays respectifs. Autant ces échanges sont riches d’un point de vue culturel, autant leur initiative est rarement, pour ne pas dire jamais, liée à ces seuls enjeux. La France a en effet, sans le cacher, des intérêts politiques, diplomatiques ou économiques à dérouler le tapis rouge culturel pour nos nouveaux partenaires de l’Union européenne, ou encore pour une puissance qui va devenir le premier marché au monde. La mise à l’honneur du Brésil cette année n’est pas non plus sans arrière-pensées puisque ce grand pays d’Amérique du Sud est un allié de choix pour les grandes causes que la France entend défendre devant les organisations internationales. L’Unesco doit par exemple adopter à l’automne la convention sur la diversité culturelle, à laquelle la France espère rallier le Brésil.
L’organisation de ces saisons culturelles nécessite évidemment une logistique importante dont l’Association française d’action artistique (Afaa) assure une part importante. Même si l’accueil de ces événements fait partie des rôles de l’association, la multiplication de ces programmes ne risque-t-elle pas à terme de nuire à sa grande mission, à savoir le soutien de la création française à l’étranger ? Une question essentielle dont la réponse se trouve certainement plus du côté de la Culture que de celui des Affaires étrangères.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°208 du 4 février 2005, avec le titre suivant : Culture et diplomatie

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