Vendredi 17 septembre 2021

Bill Gates et les taxes

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 27 mars 2012 - 354 mots

La scène se passe en février 1998 dans les salons de réception de Bercy. Dominique Strauss Kahn, alors ministre des Finances, et Bill Gates donnent une conférence de presse commune. Question d’un des journalistes : « Bill Gates, auriez-vous pu réussir comme vous avez réussi si votre entreprise avait été assujettie à la même pression fiscale qu’en France ? » Sourire crispé de DSK, qui se détend cependant à la réponse de l’ex-patron de Microsoft : « Taxes ? vous pensez un instant que je pense à la fiscalité ? le plus important pour moi est de concevoir de bons logiciels ! » La réponse ne manque pas de bon sens et l’on peut être tenté de l’appliquer au débat récurrent sur la fiscalité française du marché de l’art. Certes, il est plus facile de développer un avantage compétitif dans l’industrie, en l’occurrence du logiciel, que dans le commerce de l’art ; il n’empêche, le marché de l’art gagnerait en France à jouer la carte du service aux clients, du marketing, de la communication, de la professionnalisation des fonctionnements plutôt qu’à espérer un allégement du droit de suite, de la TVA à l’importation ou de la fiscalité des plus-values qui sont en France dans la moyenne européenne, comme notre dossier le montre bien. Il se pourrait même que le ressenti de la pression et de la bureaucratie fiscale soit plus négatif que la réalité vécue. C’est une question de climat. Les marchands se sentent harcelés par l’Administration et les collectionneurs français n’aiment pas l’ostentation. Et puis, il y a toujours cette crainte que les objets d’art entrent un jour dans l’assiette de l’impôt de solidarité sur la fortune. Il y a dans ce pays un rapport compliqué avec l’argent. C’est ce qui explique aussi pourquoi il y a encore si peu de modules de professionnalisation pour les futurs artistes des écoles d’art, comme le soulignent les participants à notre table ronde sur l’école d’art. Fort heureusement, après les effets de la réforme de 1973 (lire le débat), la situation à cet égard est en voie d’amélioration. Sociologie et économie n’avancent pas au même rythme.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°366 du 30 mars 2012, avec le titre suivant : Bill Gates et les taxes

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