Wilchar ou les charmes surannés du discours prolétarien

Le Journal des Arts

Le 31 mars 2010

Une farde contenant les feuilles volantes de Peint à la main (1961-1965) et de L’Impertinent (1976-1994), “périodiques de démystification artistique”?. Telle est la présentation des écrits de Wilchar, dont l’activité “théorique”? reste avant tout une forme d’engagement personnel dénué de tout moyen technique ou financier. Polycopiés puis photocopiés, ces “journaux”? sont des appels dont la pertinence tient dans la sincérité des propos de celui qui n’expose que dans son atelier, de la même manière que le boulanger qui expose sa fournée. Le style “naïf”? de Wilchar tient à ce titre d’une esthétique de la résistance face aux mouvements dominants.

Né en 1910, Wilchar est l’exemple d’un art prolétarien qui ne se reconnaît que dans l’action, loin de toute préoccupation intel­lectuelle. Ouvrier lithographe, Wilchar a assimilé l’image à un acte politique qui, sous la bannière communiste, vante des lendemains meilleurs. Militant, Wilchar renoue avec la tradition belge de la linogravure comme mode de contestation et s’inscrit dans le sillage d’un Cantré ou d’un Masereel. La charge caricaturale témoigne d’une conception du monde que le communisme a contribué à forger. Pour l’artiste, l’art est une question d’éthique. Il exprime une contre-culture qui ne peut se mêler au monde dominant des galeries, des foires et de la spéculation.

L’originalité de la question repose dans ce que Paul Aron définit en introduction comme le paradoxe de la diffusion d’un art populaire, qui se veut plus proche de l’artisan que de l’artiste. Au centre de cette question, le statut de l’artiste qui, pour Wilchar, passe à la fois par le collectivisme étatique et par le syndicalisme. Un débat qui paraîtra archaïque, mais dont certains termes sont bien d’actualité.

Wilchar, Peint à la main et L’Impertinent, fac-similés des tracts de Wilchar, avec une introduction de Paul Aron, Bruxelles, Didier Devillez Éditeur, 1995, non paginé, 350 FB.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : Wilchar ou les charmes surannés du discours prolétarien

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