Une somme sur les arts espagnols et portugais

Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2001

Tout en admirant la très grande qualité du travail éditorial et iconographique effectué, on peut s’interroger sur l’utilité réelle de gros ouvrages à caractère encyclopédique qui, à l’instar du nouveau volume publié par Citadelles et Mazenod, traitent plus de deux millénaires d’histoire des arts d’une région du monde – ce qui impose aux auteurs de condenser leurs textes
à l’extrême, et, par suite, de renoncer souvent à toute analyse trop approfondie.

Avec L’Art en Espagne et au Portugal, les éditions Citadelles et Mazenod publient le 30e titre de la collection “L’art et les grandes civilisations”. L’épais volume réunit les contributions de dix spécialistes, dont plusieurs de Jean-Louis Augé, conservateur en chef du Musée Goya, à Castres, qui a aussi assuré la direction du projet. Il commence avec les Ibères et s’achève sur les œuvres de Gaudi et du jeune Picasso, à la veille de son premier voyage à Paris en 1900. Le plan de l’ouvrage, qui ne sépare pas l’Espagne du Portugal, est évidemment chronologique et comprend quatre grandes parties : l’Antiquité ; le Moyen Âge ; la Renaissance, le Baroque et l’Art colonial (celui-ci brièvement traité) ; Classicisme et Costumbrisme (ce néologisme désignant, à l’époque romantique, “la représentation des coutumes régionales vécues comme un palliatif au déclin politique et culturel”). Les chapitres sont complétés, en annexe, par une série de notices fort bien faites sur les principaux sites, par un petit glossaire, une bibliographie et deux index. L’étendue, la diversité et la richesse du sujet imposent aux auteurs, mais c’est la loi du genre, d’être très factuels et synthétiques, et on le regrette parfois : on voudrait alors que le long cortège des noms et des œuvres s’interrompe et qu’une analyse précise, d’un tableau, d’un monument, vienne approfondir une idée, calme le rythme de la lecture et différencie davantage, en termes de qualité, les créations, en prenant le risque de la subjectivité.

Si quelques grands maîtres bénéficient d’un traitement à part, c’est-à-dire de chapitres particuliers, la nécessité de citer vite ceux qui, de moindre importance, jouèrent tout de même un rôle éminent, produit un effet de nivellement, d’arasement, assez peu propice au désir d’y aller voir de plus près. Comme dans les autres volumes de cette collection, l’iconographie est très abondante et très soignée, et c’est un plaisir par exemple de revoir si bien photographiés La Dame d’Elche, la croix en ivoire de Ferdinand Ier et de la reine Sancha ou tel groupe sculpté du cloître de Santo Domingo de Silos.

S’il faut pourtant faire une critique, elle portera sur certaines absences dont on s’étonne : aucune nature morte de Zurbarán, aucun nain de Vélasquez..., ou sur certaines inégalités de traitement : 17 reproductions en couleur d’œuvres de Goya contre 9 de Vélasquez.

- Ouvrage collectif sous la direction de Jean-Louis Augé, avec une préface d’Alfonso Emilio Perez Sanchez, L’Art en Espagne et au Portugal, Éditions Citadelles et Mazenod, Paris, 2000 ; 620 p., 1250 F, ISBN 2-85088-076-0.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°118 du 5 janvier 2001, avec le titre suivant : Une somme sur les arts espagnols et portugais

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