Une Mésoamérique unitaire

Une relecture des cultures d’Amérique centrale

Le Journal des Arts

Le 31 mars 2000

Plus qu’un panorama de 3 000 ans de création artistique en Mésoamérique, Christian Duverger offre une lecture renouvelée des différentes cultures qui s’y sont succédé. Il met notamment en avant du rôle constant mais sous-jacent de la culture Nahua, des Olmèques à nos jours.

Du Mexique au Costa Rica, la Mésoamérique embrasse une aire culturelle qui a vu éclore d’importantes civilisations hétérogènes du point de vue linguistique, artistique et culturel, comme les Olmèques (1200-200 av. J.-C. ), les Mayas (300-800 pour la période classique), les Toltèques (IXe-XIIe siècle) ou encore les Aztèques (du XIVe siècle à la Conquête). Alors qu’elles ont, jusqu’à présent, souvent été décrites ou présentées comme des entités indépendantes les unes des autres, dont l’étude s’arrête traditionnellement à l’arrivée de Cortés et à la chute de l’empire Aztèque (13 août 1521), ces cultures sont ici peintes par l’auteur de façon originale et audacieuse. Au-delà d’une étude classique, il souligne les éléments unitaires de l’évolution de ces civilisations par une réflexion suivie sur l’importance de l’ethnie Nahua (population uto-aztèque parlant la langue nahuatl) dont la dissémination a eu des incidences manifestes sur l’homogénéisation culturelle à travers les différentes époques.

Avec les Olmèques, on voit germer les premiers traits propres à la Mésoamérique, tels les centres urbains, les monuments pyramidaux, le calcul astronomique… dont certains perdureront au cours des siècles suivants. La composante Nahua de la population, alors encore réduite, ne cessera de grandir avec le temps. Grâce à un incroyable système d’intégration, les Nahua, population nomade, tendent à imposer, successivement, leur langue, leurs mythes et leurs croyances, pour devenir la base de l’unité territoriale et culturelle des populations méso-américaines. Au moment de la Conquête espagnole, ils représentaient environ trois ou quatre millions d’Indiens, avec une importante domination culturelle ; ils constituent encore aujourd’hui le groupe indigène le plus important du Mexique.

L’ouvrage restitue aussi l’environnement spatio-temporel de ces cultures et s’efforce de relier leur histoire à celle du reste du continent américain. De manière scientifique, il offre une double approche (thématique et diachronique) dont l’analyse soutient l’évidente unité de la Mésoamérique. De plus, cette vision, avec un discours clair, fournit au récit des points d’ancrage pertinents grâce aux nombreux outils didactiques. Ainsi, le dictionnaire des sites rend l’exposé dynamique et l’enrichit d’une iconographie abondante. On pourra néanmoins regretter l’absence de plans pour les sites principaux.

Enfin, l’ouvrage témoigne d’un métissage artistique qui s’est perpétué depuis la Conquista, pendant “la période indigène”. Les expressions de cet héritage mixte sont encore vivaces aujourd’hui. En les abordant, ce livre s’inscrit dans un contexte actuel d’angoisse identitaire particulièrement sensible au Mexique. Par la mise en lumière de ces dénominateurs communs, l’auteur fournit de nouveaux éléments de réponse, voire un terrain de rencontre, à ces populations en quête de leur passé.

- Christian Duverger, La Mésoamérique, l’art pré-hispanique, du Mexique et de l’Amérique centrale, Flammarion, 480 p., 850 F. (également en espagnol). ISBN 2-08-012253-3.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°102 du 31 mars 2000, avec le titre suivant : Une Mésoamérique unitaire

Tous les articles dans Médias

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque