Vendredi 19 octobre 2018

Une dynastie d’artistes

À travers une famille, tous les aspects de la vie artistique parisienne

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 476 mots

Ressusciter deux siècles de peinture et rassembler le corpus intéressant, souvent d’une qualité remarquable, d’une dynastie d’artistes – Daniel Hallé (1614-1675), le grand-père, Claude-Guy (1652-1736) le fils, et Noël (1711-1781), le petit-fils et le mieux connu jusqu’à présent –, voici une entreprise scientifique peu aisée brillamment menée par Nicole Wilk Brocard avec Une dynastie : Les Hallé (Arthena, 1995).

Plusieurs facteurs lui ont permis de relever ce défi : d’abord le cadre d’une thèse d’État menée à bon port, fondée sur la discipline stricte de la monographie ; ensuite, l’exceptionnelle fidélité d’une famille de descendants qui a conservé quantité d’œuvres, des dessins principalement ; enfin, le dévouement à la cause scientifique d’une maison d’édition, Arthena, spécialisée dans la publication d’ouvrages érudits sur l’art français. Mais il a surtout fallu le talent personnel d’un auteur pour mettre à la portée de tous des découvertes qui enrichiront le panorama de la peinture française.

Les deux premiers artistes étaient, jusqu’à ce livre, pratiquement des inconnus ; le troisième trouvait une petite place dans les ouvrages généraux, expositions, catalogues de vente. S’impose maintenant une remarquable ascension sociale, fondée sur le talent mais aussi sur les amitiés et la gestion de la fortune d’une dynastie qui semble cultiver la discrétion et le don du bonheur. Ce livre brosse toute l’évolution du statut de l’artiste et des types de commandes de Louis XIII à la Révolution.

Daniel est un Normand. Attiré à Paris en 1639, il vit de peintures religieuses dans une capitale en plein renouveau catholique et reçoit tardivement des commandes plus prestigieuses : décors d’entrée royale ou May de Notre-Dame. La renommée est plus rapide pour son fils, Claude-Guy, qui fait le voyage d’Italie, devient professeur à l’Académie (1702), et participe aux grands chantiers parisiens comme le chœur de Notre-Dame, sans négliger l’illustration Le succès est éclatant pour Noël, personnalité caractéristique de cette génération de 1710 qui cherche le retour au "grand genre" : pensionnaire à Rome (1737-1744), il touche ensuite à tous les types de commande, avec une sensibilité toute particulière à l’être humain, et poursuit une carrière académique qui fait de lui un excellent professeur.

Ce livre aborde tous les aspects de la vie artistique parisienne (les Hallé sont relativement à l’écart des chantiers royaux), la pratique des May, des "tableaux de gravure", les premiers "Salons" du Louvre et leur évolution au XVIIIe siècle, les peintures à énigmes des jésuites... Il révèle, malgré les destructions de la Révolution française, des œuvres de grand intérêt : le catalogue précis des peintures et des dessins – 750 entrées pour Noël –, soutenu par une illustration complète, convaincra l’amateur et rendra grand service au conservateur ou au marchand, souvent dérouté par les questions d’attribution que pose une dynastie.

Nicole Wilk Brocard, Une dynastie: Les Hallé, ouvrage publié avec le concours du Getty Grant Program, Arthena, Paris, 1995, 717 p., 810 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : Une dynastie d’artistes

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