Dimanche 16 décembre 2018

IDEO

Une agence de design idéale ?

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 18 février 2005 - 534 mots

Du garage à la multinationale, l’épopée de l’une des agences les plus créatives du moment.

Le titre de l’ouvrage annonce d’office la couleur : « IDEO, maîtres de l’innovation »... On comprend dès lors que, pour apprécier l’ouvrage consacré à cette fameuse agence de design fondée aux États-Unis en 1991, il faudra faire abstraction de la flopée de sentences et de superlatifs déroulée sur le registre du « on est les meilleurs ! ». Mais l’histoire débute comme il se doit au fin fond d’un garage aménagé, avec un trio de chevelus en jeans composé d’un ingénieur américain, David Kelley – connu, notamment, pour avoir inventé le célèbre pictogramme « Toilettes occupées » à bord des Boeing 747 – et de deux designers industriels anglais, Bill Moggridge et Mike Nuttall. Nous sommes à la fin des années 1970, à Paolo Alto, petit village du nord de la Californie. C’est là en effet que commencent à pousser comme des champignons de petites sociétés spécialisées en informatique, pour la plupart initiées par des jeunes gens encore étudiants à l’université de Stanford toute proche. La « champignonnière » ne tardera pas à devenir la... Silicon Valley. Mais pour l’heure, chacun gère encore sa « petite entreprise » personnelle. Ainsi, Kelley imagine par exemple en 1982, pour la firme Apple, la première « souris d’ordinateur ». Tandis que Moggridge crée, lui, au même moment, pour la société Grid Systems, le premier ordinateur portable au monde, le Compass. Moins d’une dizaine d’années plus tard, les trois comparses décident de s’unir et fondent « IDEO ».
Forte aujourd’hui de quelque 350 employés – 12 studios répartis sur trois continents : Amérique du Nord, Europe et Asie –, cette agence de design est l’une des plus créatives de la planète, avec à la clé l’élaboration de « plus de 3 000 produits » et une liste de clients digne d’un Who’s Who de l’industrie (Procter & Gamble, Pepsi, Microsoft, BMW, Steelcase...). « Nous n’avons aucun domaine de prédilection, explique David Kelley, P.-D. G jusqu’en 2001 et qui a, depuis, cédé sa place au designer anglais Tim Brown. Une brosse à dents ou un tracteur ou une navette spatiale ou une chaise, c’est, pour nous, la même chose ! En revanche, nous sommes des experts dans le processus d’élaboration des objets. » Le credo d’IDEO : une esthétique plutôt lisse et minimale, mais diablement efficace. L’agence mettra d’ailleurs un point d’honneur à être constamment à la pointe de la sophistication technologique, et surtout à dessiner « davantage que l’objet lui-même », carrément « l’expérience de l’usage d’un produit ou d’un service ». Parmi ses travaux récents, on peut citer, entre autres, l’aménagement intérieur de l’Airbus A3XX, une collection d’appareils électroménagers pour Matsushita, un « mange-CD » mural pour Muji. Ou encore, deux projets pour le magasin Prada de New York : d’un côté, le dessin des cabines d’essayage en verre, lesquelles s’opacifient quand le client est à l’intérieur puis redeviennent transparentes à sa sortie, et surtout, un système de « gestion des stocks par fréquence radio »... Vous avez parlé d’« expérience » ?

JEREMY MYERSON, IDEO, MASTERS OF INNOVATION, éd. Laurence King, Londres, 2004, en anglais, 160 p., 49,95 euros. ISBN 1-85669-425-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°209 du 18 février 2005, avec le titre suivant : Une agence de design idéale ?

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