Épigraphie amoureuse…

Un essai sur les graffitis érotiques de Pompéi

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1994

POMPÉI - Erotica Pompeiana, essai sur les graffitis érotiques retrouvés au cours de deux siècles et demi de fouilles dans la cité consacrée à Vénus, sera chez les libraires dans un peu moins d’un mois.

Cette fois, il ne s’agit pas de l’habituelle série d’images érotiques provenant de la maison des Vettii ou du lupanar du Vico Storto. L’auteur, Antonio Varone, est l’actuel directeur des fouilles de Pompéi ; il a rassemblé et réétudié philologiquement tous les témoignages amoureux écrits sur les murs et "figés" pour toujours par l’éruption de 79 après J-C. En effet, la poésie amoureuse de Pompéi ne nous a pas été transmise sur parchemin, comme cela est arrivé dans la villa des Papyri d’Herculanum. Les vers amoureux de Pompéi sont écrits sur un type de papier qu’une expression française du XVIIIe siècle a défini comme "le papier de la canaille".

Les graffiteurs de murs étaient mal vus : on le comprend d’après un graffiti qui proclame : "Que celui qui a écrit sur ce mur ne puisse plus aimer !" (Corpus Inscriptionum Latinarum , vol. IV), ou encore cet autre, plus habile : "Je m’étonne, ô mur, que tu ne sois pas encore tombé en ruine, toi qui dois supporter le fardeau de tant de gribouillages" (C.I.L. , IV). Mais omnia vincit amor , "l’amour triomphe de tout", nous dit Virgile, et les habitants de Pompéi n’ont pas échappé à ce dogme en transcrivant, par ces "éclats" de vie, les sentiments et les passions d’une société qui ne connaissait pas les affres du péché. Ce fut seulement le besoin d’exprimer l’essence même de l’humanité qui les a poussés à "barbouiller" les murs. Nous avons là le patrimoine d’ "humanité" du citoyen moyen, sans culture, mais non dénué d’une certaine valeur poétique : nombreux sont les graffitis qui se présentent métriquement comme des distiques élégiaques, ce qui suggère une diffusion des œuvres de Virgile, d’Ovide ou de Lucrèce, même parmi le peuple.

Divisé en vingt sections, l’ouvrage passe en revue les aspects les plus divers de l’amour, en les organisant par thèmes. On part du "désir" brûlant d’une jeune fille qui invite un cocher à fouetter son cheval pour venir le plus vite possible au rendez-vous ; on poursuit par les graffitis sur les joutes et les vantardises amoureuses, le voyeurisme, la jalousie, les amours ancillaires et conjugales ; on termine par le "faire-part de naissance" d’une certaine Juvenilla, venue au monde quelques jours avant l’éruption catastrophique.

Erotica Pompeiana, L’Erma di Bretschneider, Rome, (200 p., 26 ill. coul ; 50 000 lires)
Le texte est enrichi de notes bibliographiques, de renvois aux œuvres poétiques de la période et d’indications sur la localisation des graffitis. Mentionnons enfin la précision de l’interprétation des inscriptions, avec les références syntaxiques et grammaticales nécessaires aux spécialistes de l’épigraphie pompéienne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Un essai sur les graffitis érotiques de Pompéi

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