Twombly, Lichtenstein, William Klein

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 30 juin 2010

La Méditerranée de Cy Twombly
Compilé par Heiner Bastian, le deuxième volume du catalogue raisonné des peintures de Cy Twombly couvre les années 1961-1965. Le plus européen des peintres américains a affirmé très tôt un style très particulier, aussi loin du formalisme qui prévaut à New York après-guerre que de la relecture de Duchamp entamée par ses amis Rauschenberg et Johns qui ouvrira la voie au Pop art. "La peinture de Twombly, écrit Heiner Bastian, devrait être considérée comme une expérience subjective s’opposant à l’historicisme." Autrement dit, Cy Twombly peut certainement être compris comme l’un des rares artistes profondément lyriques de cette deuxième moitié du XXe siècle. Un lyrisme ouvert aux vents de la Méditerranée qu’il préféra dès la fin des années soixante au climat nord-américain. Avec près de 200 notices, ce deuxième volume explore une période essentielle de l’œuvre.
Heiner Bastian, Catalogue raisonné of the paintings, Volume II. Schirmer/Mosel, 314 p., 1200 F.

Lichtenstein Aller-retour
Roy Lichtenstein n’a pas seulement puisé dans la bande dessinée un style en phase avec les données sociologiques de son temps, il en a aussi reproduit consciencieusement les clichés. Tony Hendra a eu l’idée avantageuse de reconstituer une histoire d’amour à partir des peintures du plus "pop artist" des artistes pop, et d’en faire une authentique bande dessinée. La boucle est ainsi bouclée sans fausse pudeur et avec une désinvolture toute américaine. Mais il est difficile de savoir si l’art de Lichtenstein en sort grandit, ou si, au contraire, on en mesure au mieux l’immense modestie. Le héros est un peintre qui ne connaît encore ni la gloire ni l’amour, il s’appelle Brad et Vicki l’aime en secret. Comme tant d’autres, il se pose des questions vertigineuses sur l’essence de l’art, avant de comprendre que tout – la vie, l’amour, l’art, la nuit et aussi l’argent – est une bande dessinée. Ouf.
Tony Hendra, Brad ’61, Éditions de La Martinière. 100 p., 140 F.

William Klein en coulisses
Que reste-t-il d’un magazine de mode quand les années ont passé et que les opinions des rédactrices sur les styles et les tendances ont perdu toute espèce d’importance, quand depuis longtemps les vêtements ont regagné les armoires ? Quand William Klein feuillette d’anciens numéros de Vogue, il s’amuse des "scoops inouïs" – "Les rayures font le printemps" – que ses images étaient supposées illustrer.

C’est la mode qui a choisi William Klein, et non l’inverse. Photographiant la rue avec la technique primaire qui était la sienne, mais surtout avec cette espèce de rage qui a fait sa réputation, il se retrouve un jour avec des rouges à lèvres et des chaussures. Il y avait d’un côté les "vraies" photos et de l’autre la fabrication conventionnelle de la beauté. Mais William Klein a vite trouvé les moyens de dépasser les contraintes, de capter la mode comme n’importe quoi d’autre, de dépasser le sujet pour que le regard rejoigne la vie. Du Paris de 1963 aux Coulisses d’aujourd’hui, ce recueil prouve sans façons que le jeu en valait la chandelle : un vrai photographe reste excellent, quoi que son objectif saisisse.
William Klein, Mode in & out, Éditions du Seuil. 258 p., 490F. Exposition à la Fnac Etoile du 9 mars au 23 avril.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°1 du 1 mars 1994, avec le titre suivant : Twombly, Lichtenstein, William Klein

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