Samedi 24 février 2018

Monographie

Turner en lumière

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007

L’Imprimerie nationale consacre un nouvel ouvrage à l’un des plus grands peintres
anglais du XIXe siècle, fruit du travail du spécialiste Andrew Wilton.

Peintre, graveur et aquarelliste de génie, coloriste hors pair et artiste prolifique – il a laissé environ 20 000 aquarelles et 300 peintures derrière lui –, Joseph Mallord William Turner (1775-1851) fait l’objet d’une nouvelle biographie aux éditions de l’Imprimerie nationale. L’auteur n’est autre qu’Andrew Wilton, le premier conservateur en chef de la Clore Gallery for Turner Collection, à la Tate Gallery de Londres, qui travaille actuellement à l’élaboration du catalogue raisonné de l’artiste. « L’objet du présent ouvrage est de fournir les faits essentiels de la vie de Turner sous une forme aisément accessible, en rapportant autant que faire ce peut les déclarations du peintre lui-même ou celles de ses contemporains », précise l’auteur en introduction. Largement illustré, l’ouvrage alterne reproductions des œuvres, textes et citations. L’ensemble est agencé de manière chronologique (un chapitre par décennie) selon les grandes périodes de sa vie : les années de formations, d’abord en tant qu’autodidacte puis à l’Académie royale ; les premières expositions de ses huiles où il laisse éclater son caractère romantique et témoigne de sa grande maîtrise technique pour évoquer les paysages crépusculaires ou lunaires ; la reconnaissance assez rapide en Angleterre ; ses voyages en France et en Suisse d’où il ramène une multitude de croquis et d’aquarelles de facture très libre… Chaque chapitre se conclut par une chronologie fournissant des détails sur ses expositions, ses itinéraires de voyages et les carnets d’esquisses qu’il emportait. Andrew Wilton compulse les différentes recherches menées sur Turner et tente de cerner un artiste dont la « manie du secret » a trop poussé les biographes à « exagérer les implications sordides et graveleuses d’événements en réalité banals ». Et de citer l’ouvrage de Bernard Falk, Turner the Rainier : His Hidden Life (1938), qui, utilisant des documents familiaux jusque-là inédits, s’intéresse plus à donner des détails croustillants sur sa vie privée qu’à l’élaboration de son œuvre. Le livre publié par Finberg l’année suivante, Life of J. M. W. Turner, devenu depuis la biographie de référence, a fourni quantité d’informations essentielles. Finberg utilise deux sources principales : les références sur Turner contenues dans les œuvres de John Ruskin et la première biographie complète du peintre, écrite par un journaliste, Walter Thornbury, parue en 1861, qui a pour intérêt essentiel de retranscrire longuement les souvenirs des plus proches amis de Turner. Les premiers mémorialistes qui, dans les années suivant sa mort, se sont mis à rassembler anecdotes et documents, tels Peter Cunningham ou Thomas Miller, présentent eux aussi des témoignages importants. Éclairant ces écrits d’un jour nouveau, Wilton offre une approche à la fois minutieuse et sensible de l’artiste. L’auteur souligne la difficulté de démêler le vrai du faux, certains témoignages associant la fiction à la réalité. Ainsi, est-il possible de douter de la véracité de la célèbre sentence que l’artiste aurait prononcée avant sa mort – « Le Soleil est dieu » – rapportée par Ruskin. Loin d’imposer une vérité absolue, Wilton apporte des clefs de lecture fondamentales pour s’immiscer dans les paysages vaporeux et déchaînés de l’un des plus grands peintres anglais du XIXe siècle.

Andrew Wilton, Turner

Editions de l’Imprimerie nationale, Paris, 2006, 256 p., 49 euros, ISBN 2-7427-6400-3.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°252 du 2 février 2007, avec le titre suivant : Turner en lumière

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