Vendredi 23 octobre 2020

Tim au pays des plasticiens

Par Vincent Delaury · L'ŒIL

Le 23 mars 2012 - 747 mots

L’exposition Tim Burton montée par le MoMA de New York en 2009 s’est installée,
pour son unique escale européenne, à la Cinémathèque française à Paris.
Visite d’un univers où domine l’étrange, en compagnie du maître.

Burbank, où j’ai grandi, la culture des musées n’existait pas […]. Plus tard, quand j’ai commencé à fréquenter les musées, j’ai été frappé d’y retrouver une atmosphère semblable à celle des cimetières. Pas parce qu’ils sont morbides, mais parce qu’il y règne un calme à la fois introspectif et électrisant : l’excitation, le mystère, la découverte, la vie et la mort réunis en un même lieu. C’est pourquoi, après tant d’années, faire l’objet d’une exposition, montrer des choses – dont certaines qui n’étaient pas destinées à être vues ou qui ne sont que les fragments du dessin d’ensemble – revêt pour moi une signification toute particulière. »

Tim Burton, réalisateur américain né en 1958, est un cinéaste star qui, comme d’autres créateurs inspirés du septième art (Fellini, Lynch, Kitano…), est aussi un plasticien. Il alterne les médiums (cinéma, dessin, peinture, photographie, sculpture…) pour créer de toutes pièces un univers fantasmagorique qui n’appartient qu’à lui. Cet artiste polyvalent, qui a été formé au prestigieux California Institute of the Arts (CalArts) et qui est passé par la case Disney (jeune dessinateur pour le mignonnet Rox et Rouky, 1981), a su au fil de films décalés (Beetlejuice, L’Étrange Noël de Monsieur Jack, Ed Wood, Mars Attacks !, Sleepy Hollow) imposer sa griffe au système hollywoodien. Il offre ce curieux paradoxe d’avoir un univers très personnel tout en rencontrant un grand succès commercial.

Tim Burton, cas rare, concilie tous les publics : des ados aux artistes les plus conceptuels en passant par les movies fans et la critique. Son cinéma grand-guignolesque, associant farces-attrapes et sensibilité exquise, fonctionne sur plusieurs niveaux : il plaît aux enfants pour son imagerie carnavalesque tout en captivant les adultes de par sa charge critique contre la norme établie. Chez lui, les monstres, vampires d’Halloween et autres asociaux à la timidité maladive ont une place de choix.   

La Cinémathèque française transformée en TimBurtonLand
Il existe bel et bien une planète Burton. On y trouve des clowns, des extraterrestres au cerveau disproportionné, un petit enfant huître ou encore un garçon avec des clous dans les yeux. Et c’est ce fascinant « TimBurtonLand  » que la Cinémathèque française accueille en ce printemps 2012.
Cette exposition événement a été conçue en 2009 par le MoMA de New York. Comme le rappelle Serge Toubiana dans la préface du catalogue, elle y a connu un succès historique avant de voyager à Melbourne, Toronto puis Los Angeles. La voici donc en France, « le pays de Georges Méliès  » (Burton), Paris étant la seule capitale européenne à accueillir cette rétrospective nous faisant entrer avec délice dans l’atelier d’un créateur visionnaire.

Dans une ambiance de fête foraine, le spectateur suit un parcours jalonné par les différentes étapes des pratiques créatrices et de la filmographie de l’auteur, depuis ses dessins de jeunesse conçus chez Walt Disney jusqu’à ses œuvres les plus récentes, y compris son nouveau film avec Johnny Depp, Dark Shadows, qui sortira le 9 mai 2012. Quant aux fétichistes, ils sont comblés  : les napkins (serviettes de table sur lesquelles Burton dessine depuis toujours) et les objets cultes renvoyant à ses films les plus attachants (la tenue sombre d’Edward aux mains d’argent, le pull angora d’Ed Wood) sont exposés. Au total, sept cents œuvres (dessins, tableaux, figurines, polaroïds, maquettes, costumes et extraits de films) sont réunies.

Bref, tout Tim Burton est là. Il ne faut pas trop s’attarder sur les dessins de certains films faiblards (La Planète des singes, 2001, Big Fish, 2003, Alice au pays des merveilles, 2010) ; quand Burton a trop de moyens financiers, il arrive que sa singularité créative soit quelque peu phagocytée par la surenchère technique des grands studios. Il faut davantage se pencher sur ce que cette exposition offre de plus éclairant, à savoir les centaines de feuilles de papier qui montrent à quel point la joie du dessin, que l’on devine dans le moindre gribouillage, est la matrice de l’œuvre burtonienne. De toute évidence, chez Tim, tout vient de l’enfance… de l’art.

Voir « Tim Burton, l’exposition »

Jusqu’au 5 août 2012. La Cinémathèque française. Ouvert le lundi et du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, le samedi et dimanche de 10 h à 20 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22 h. Tarifs : 11 et 8,5 €. www.cinematheque.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°645 du 1 avril 2012, avec le titre suivant : Tim au pays des plasticiens

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