Vendredi 14 décembre 2018

Un essai d’Alain Besançon

Théologies de l’image

Des philosophes grecs à l’art moderne, une histoire de l’iconoclasme

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1994 - 480 mots

Spécialiste de la culture russe et soviétique, Alain Besançon s’est attelé à une imposante histoire de l’iconoclasme et n’a négligé aucun aspect des tendances contradictoires suscitées par le problème de l’image.

Le néoplatonisme met à jour, écrit Alain Besançon, deux "exigences contraires, deux postulations incoercibles de notre nature : que le regard doit se tourner vers le divin, et que lui seul vaut la peine d’être contemplé ; que le représenter est vain, sacrilège, inconcevable." La question ne cessera, au cours des siècles, de nourrir des milliers de spéculations philosophiques, associant la théologie, la métaphysique, la morale et l’esthétique. Les pères de l’Église, dont quelques-uns sont ici évoqués, reviendront sans cesse sur cette réflexion, élaborant des polémiques savantes qui se trouveront au centre de la culture occidentale.

Bien avant eux, l’interdiction de la représentation du divin dans la culture juive avait présenté un caractère décisif : les paroles de l’Exode – "Tu ne feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre" – furent respectées à la lettre. Il fallait protéger le peuple élu de toute espèce d’idolâtrie, de superstition qui l’auraient détourné de la vérité. Pourtant, aussi radical que fut le commandement, certaines exceptions ne manquèrent de donner à la règle toute sa vigueur. Dieu lui-même ordonna à Moïse de façonner un serpent, et l’image eut, à différentes reprises dans l’histoire d’Israël, un rôle didactique.

C’est à Byzance, où fit rage la célèbre "querelle des images", que l’iconoclasme acquit une dimension mythique, greffant des questions sociales et politiques qui y étaient d’abord étrangères. L’iconoclasme byzantin est voulu et perçu comme une purification de l’église, qui met fin aux excès des iconolâtres, mais ne proscrit pas pour autant les décorations architecturales ou l’art. Alain Besançon poursuit son examen minutieux et érudit du rôle des images au Moyen Âge et à la Renaissance, qui se voit codifié et favorisé par la hiérarchie ecclésiastique.

Après avoir évoqué la nouvelle théologie de l’image à travers Pascal, Kant et Hegel notamment, l’auteur traite de l’exception française du XIXe siècle. L’épopée s’achève avec Kandinsky et Malevitch. Alain Besançon souligne l’une des données essentielles de l’abstraction moderne : la justification des décisions picturales est de nature religieuse.

"Le pêle-mêle des notions, le mélange d’eschatologie révolutionnaire et de rêveries sur la science et la technique, les lectures désordonnées aboutissent à un système gnostique", écrit l’auteur qui ajoute : "Il y a une évolution du monde et de l’art qui, progrès après progrès, destruction après destruction, arrive à un point ultime qui est ‘Dieu’. Ce Dieu dépasse toute représentation et ne peut être approché que par la voie négative du sans-objet, du non-figuratif." Le vingtième siècle n’a pas manqué, pourtant, d’entretenir l’ambiguïté millénaire qui lie l’iconoclasme et l’iconophilie.

Alain Besançon, L’Image interdite, une histoire intellectuelle de l’iconoclasme, Éditions Fayard, 528 p., 185 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°6 du 1 septembre 1994, avec le titre suivant : Théologies de l’image

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