Lectures croisées

Télémaque, ou comment taire ?

Par Pierre Pons · L'ŒIL

Le 13 mai 2015 - 379 mots

« Brouilleur de cartes, Hervé Télémaque n’est pas forcément à un paradoxe près et s’en félicite même. »

Cette confession de Jean-Paul Ameline, ancien conservateur au Mnam, dans les premières lignes du catalogue de la rétrospective que consacre le Centre Pompidou à l’artiste  [coédition Somogy, Centre Pompidou et Musées de Marseille, 272 p., 35 €], sonne comme un aveu d’impuissance de celui qui doit commenter l’œuvre du peintre. « Celui-ci n’a pas la réputation d’être un artiste facile à commenter », admet plus loin l’auteur. Et pour cause, glisse Gérard Durozoi dans la monographie du peintre parallèlement éditée chez Flammarion avec le soutien financier de la galerie Louis Carré : « Le travail de Télémaque suscite et admet des lectures diverses, et […] ses “images” sont donc largement plurivoques » [Télémaque, Flammarion, 280 p., 60 €]. Durozoi, fidèle exégète de l’artiste, rappelle que Gassiot-Talabot, pourtant l’inventeur du concept de Figuration narrative auquel est rattaché l’artiste, avait lui-même admis en 1992 que le travail de son ami n’était pas aussi « limpide » que cela… En cause, l’érudition du peintre et le mélange, sur ses toiles, des mots, des signes, des objets et des images, qui fait le « style » Télémaque – comme il y a un « style » Fromanger ou Adami. D’aucuns parlent même de « rébus » . L’intéressé réfute le terme, se disant « sceptique à l’égard des commentaires », comme le rappelle Durozoi. « On l’aura compris, les tableaux d’Hervé Télémaque ont été, le plus souvent, considérés par les critiques d’art comme donnant lieu à de difficiles exercices d’interprétation », analyse Ameline. Soit comme un défi lancé aux professionnels de l’analyse que sont Ameline et Durozoi. C’est pourquoi l’un comme l’autre tentent de prendre du recul par rapport aux approches habituellement admises de la peinture de Télémaque, le premier essayant de se détacher de l’approche biographique (cette « planche de salut envisageable »), le second rejetant la dimension « littéraire » du travail de l’artiste (il « n’illustre pas de texte »). Y parviennent-ils ? Pas véritablement, illustrant en cela la complexité du travail de Télémaque, pour qui la peinture « doit être un langage rapide illustré par la fulgurance poétique » [entretien avec Renaud Faroux dans le catalogue du Mnam]. On les excuse.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°680 du 1 juin 2015, avec le titre suivant : Télémaque, ou comment taire ?

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