Mardi 18 décembre 2018

Architecture

Symphonie en Aalto majeur

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 31 mars 2006 - 579 mots

Le Finlandais a été l’un des précurseurs du retour à la nature.

Le lecteur pourra avoir quelque appréhension à ouvrir un énième ouvrage consacré à l’architecte Alvar Aalto (1898-1976). Parce qu’il pourra penser avoir tout lu, tout vu, voire tout compris ou presque du travail du génial maître d’œuvre finlandais. Et pourtant, le livre de Richard Weston, spécialiste de l’architecture scandinave en général et de l’œuvre d’Aalto en particulier, apporte un éclairage singulier sur cette figure du XXe siècle. Le petit « plus » proposé par Weston réside, notamment, dans le fait de resituer l’architecte à la fois dans la culture finlandaise et dans le contexte des réflexions internationales d’alors. Dans son livre The Shape of time [La Forme du temps], ici cité, l’historien de l’art George Kubler observait, à propos de la création artistique, que « l’époque et les occasions font plus que le talent ». Aalto, lui, a indubitablement bénéficié des deux. Il parvient « à maturité » au moment même où la Finlande obtient son indépendance, en 1918. Cette année-là, l’étudiant Aalto – il ne sera diplômé qu’en 1921 – fait en effet ses premières armes en « remodelant » la maison familiale. Sa carrière démarre en trombe, d’autant que le pays mise alors beaucoup sur les nouvelles constructions, tant publiques que privées : « L’architecture était considérée comme un moyen d’affirmer l’identité nationale », remarque, à juste titre, Richard Weston.
La légende dépeint souvent Aalto comme « un romantique conférant de l’humanité à l’austérité du modernisme ». L’homme est assurément beaucoup plus complexe que cela, c’est en tout cas ce qui ressort de l’analyse méticuleuse de Weston.
À l’inverse d’un panorama exhaustif de la production d’Aalto, l’auteur a préféré sélectionner quelques réalisations et, à travers elles, parler de la forme, évidemment, mais davantage encore du fond. Le célèbre et magnifique sanatorium de Paimio, construit entre 1929 et 1933, sert ainsi à éplucher les intentions d’Aalto en regard du « Fonctionnalisme et au-delà ». Idem pour l’hôtel de ville de Säynätsalo, qui montre le profond « Sens du lieu » cher à l’architecte ; pour la villa Mairea, à Noormarkku, indéniable jalon de « L’habitat dans le monde moderne » ; ou, enfin, pour l’Institut national des retraites, à Helsinki, lequel sert à évoquer « L’individu, l’institution, la ville » – en clair, l’implication d’Aalto dans le fonctionnement même de la société.
Outre de clichés d’archives en noir et blanc, le livre est agrémenté de toute une série de splendides photographies en couleurs, commandées spécialement pour l’occasion. En complément, plans, coupes, croquis et autres axonométries racontent par le trait des projets époustouflants de détails. C’est ce subtil dosage à la fois universel (répondre au bien-être et aux besoins essentiels de l’être humain) et profondément ancré dans la culture finlandaise qui fait de la production d’Aalto une somme incontournable. « À mesure que s’affirment les effets dévastateurs de l’économie industrielle de notre société contemporaine, un besoin urgent de renouer avec la nature, aussi bien physiquement que psychologiquement, se développe, écrit Richard Weston. Par leur façon de s’adapter aux spécificités locales (celles de la population et du paysage, de la culture et du climat), les bâtiments d’Aalto sont les prémices d’une “écologie” véritable […]. » Une philosophie pas si éloignée, finalement, de la problématique d’aujourd’hui sur le  « développement durable ». C’est sans doute pourquoi, trente ans après la disparition d’Aalto, son œuvre n’a jamais paru plus actuelle.

RICHARD WESTON, ALVAR AALTO, Phaidon, 240 pages, 59,95 euros, ISBN 0-7148-5811-0

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°234 du 31 mars 2006, avec le titre suivant : Symphonie en Aalto majeur

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