Retables

L'ŒIL

Le 1 février 2002

Etonnant destin que celui des retables ! Ces tableaux d’autel, également appelés polyptyques, autrement dit tableau multiple composé de différents éléments reliés entre eux, apparaissent à peu près au milieu du XIIIe siècle et perdurent jusqu’au début du XVIe siècle. Leur naissance, déjà, s’enracine profondément dans l’idéologie de leur temps : l’Eglise adopte, en 1215, le dogme de la transsubstantiation et la liturgie place désormais le prêtre officiant face à l’autel, cachant à moitié la table consacrée et sa décoration frontale. La voie est libre pour que le retable, message de foi et objet de dévotion, occupe tout ou partie de l’espace situé derrière l’autel. Très vite, celui-ci se révèle bien plus qu’un simple témoin de piété. Non seulement il reflète l’évolution esthétique en cours – on y observe avec intérêt les balbutiements de certaines modernités stylistiques, telles que la perspective – mais on y lit une véritable chronique de la société de son temps. Le choix des saints illustrés ou le portrait des commanditaires dévoilent les luttes de pouvoir et les enjeux économiques de l’Histoire en cours ; et lorsque Bosch, peignant le triptyque du Jardin des Délices, libère ses monstres fantasmagoriques, c’est l’Europe de la Renaissance qui y contemple ses angoisses. Au-delà de l’émouvante réunion de 30 très belles œuvres, de L’Agneau mystique de Van Eyck au très discret polyptyque de Santa Maria de Syracuse, comprises entre 1400 et 1510, c’est donc surtout l’analyse d’un mouvement majeur de l’histoire de l’art qu’il faut lire ici.

- Caterina Limentani Virdis et Mari Pietrogiovanna, Retables, l’âge gothique et la Renaissance, éd. Citadelles & Mazenod, 432 p., 414 ill. coul. 168€.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°533 du 1 février 2002, avec le titre suivant : Retables

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