Dimanche 25 février 2018

Regards neufs sur l’art religieux

Aborder les œuvres par leur thème.

Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2008

Les Éditions du Regard lancent une nouvelle collection consacrée à l’iconographie des grandes figures bibliques. Rédigés par des auteurs différents, les deux ouvrages déjà parus, L’Annonciation et Judith, sont inégaux et d’approches divergentes. Le projet général n’en est pas moins excellent.

Dans sa défense passionnée d’une Judith peinte par Botticelli, le critique anglais John Ruskin interpellait ainsi son lecteur : “Que savez-vous de Judith, hormis qu’elle a coupé la tête d’Holopherne et qu’elle fait depuis l’objet d’un million de croûtes ?” En laissant de côté la partialité du jugement de Ruskin, ceci illustre bien l’attrait exercé par certains sujets sur les artistes et leurs commanditaires, et la nécessité pour l’amateur de se familiariser avec les multiples interprétations iconographiques possibles.

Dans un format à mi-chemin entre le beau livre et le guide pratique, la nouvelle collection “L’art du regard” propose des clés de lecture qui dépassent de loin la simple question des attributs d’un personnage. Elles éclairent véritablement les représentations bibliques dont on a souvent perdu le sens et les subtilités. Jean Paris rappelle, par exemple, que l’Annonciation, aujourd’hui envisagée comme un événement singulier, se décomposait, dans les sermons, en une succession d’épisodes et d’émotions ressenties par Marie, allant de la surprise, voire de la défiance, à l’acceptation. On comprend mieux ainsi les variations d’expression entre la Vierge de Fra Angelico, au couvent San Marco de Florence, et celle du triptyque de Simone Martini.

Les juxtapositions de deux iconographies – Péché originel et Annonciation, Judith et Salomé – sont encore plus riches d’enseignement, car elle révèlent des mutations idéologiques passionnantes. Judith, créée comme une incarnation du peuple hébreu, devient tour à tour une figure patriotique, érotique, fatale, féministe ou un symbole de fertilité. C’est là que se situe l’intérêt de cette collection : envisager chaque sujet à travers des techniques variées et une chronologie aussi large que possible. De ce point de vue, la Judith de Jaynie Anderson remplit sa mission, tandis que l’ouvrage de Jean Paris est victime d’un parti pris trop pictural et trop centré sur la Renaissance.

Jean Paris, L’Annonciation, Éditions du Regard, 80 p., 60 ill. couleurs, 120 F. ISBN 2-84105-010-6.
Jaynie Anderson, Judith, Éditions du Regard, 80 p., 60 ill. couleurs, 120 F. ISBN 2-84105-011-4.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°60 du 9 mai 1998, avec le titre suivant : Regards neufs sur l’art religieux

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