Vendredi 23 février 2018

DVD

Prendre le taureau par les cornes

Le Journal des Arts

Le 3 février 2010

Francis Bacon (1909-1992), artiste superstar du XXe siècle, est le seul peintre, avec Picasso, à avoir bénéficié de son vivant, en 1971, d’une rétrospective au Grand Palais, à Paris. Malgré un succès rapide et retentissant, la vie de ce personnage complexe, dont l’apparente bonhomie cache une œuvre d’une rare violence, reste floue.

De son univers aussi riche qu’oppressant, on connaît les figures aux allures torturées. Représentées dans des poses inconfortables, elles suggèrent le mouvement, un élément essentiel dans l’œuvre de Francis Bacon, ainsi qu’en témoigne L’Homme et l’arène, le film d’Adam Low qui sort aujourd’hui en DVD chez Arte Éditions.
 
D’un œil désabusé, le peintre balaye d’un revers de main ses reprises de toiles de maîtres, comme la série des papes hurlant réalisée à partir du Portrait du Pape Innocent X par Vélasquez (1650), qui demeure pourtant emblématique de son œuvre dans l’esprit du public.
 
Le documentaire explore ici la dualité de Francis Bacon. Sa carrière de peintre, intimement liée à sa vie personnelle, est largement brossée, de son départ précipité de la maison familiale, où son père s’opposait à son homosexualité, jusqu’aux nombreux hommes qui marquèrent la vie et l’œuvre de l’artiste. Au fur et à mesure, la véritable obsession de Bacon apparaît : le temps qui passe et entraîne irrémédiablement la mort, et la décomposition de la chair. Sa peinture, et ses recherches incessantes sur la couleur, traduisent alors une quête, restée vaine, d’un « pur amour ». Un amour envisagé sur un mode extrême dans sa chair, confondue ici avec la surface de la toile.
 
À l’image de son sujet, le portrait télévisuel de Francis Bacon ne verse jamais dans la fadeur – notons d’ailleurs quelques éprouvantes séquences de tauromachie – et ouvre sur un au-delà de l’œuvre, jusqu’à l’homme, écorché vif consentant.

BACON, L’HOMME ET L’ARÈNE, Arte Éditions, coll. « Monographie d’artistes », réalisé par Adam Low, 2006, 95 minutes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°318 du 5 février 2010, avec le titre suivant : Prendre le taureau par les cornes

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