Lundi 16 décembre 2019

Paris

Pierre Pinon, « Paris détruit. Du vandalisme architectural aux grandes opérations d’urbanisme »

Les blessures de la capitale : Pierre Pinon livre une reconstitution savante des destructions à Paris depuis le Moyen Âge

Par Hélène Brunel · Le Journal des Arts

Le 29 novembre 2011 - 423 mots

Pierre Pinon est architecte, historien aussi. Spécialiste de la ville, il se passionne pour ses bouleversements, ceux de Paris tout particulièrement.

Alors, pour rendre hommage à ce patrimoine démoli, c’est à un Paris détruit qu’il consacre son dernier livre. Parce que l’histoire de Paris est aussi celle de ses édifices ruinés, parfois abusivement transformés, souvent volontairement dévastés, l’auteur recense toutes ces démolitions imputables à l’homme, qui ont successivement détruit la cité pour la reconstruire.

Qu’il soit question de vandalisme architectural ou d’opérations urbanistiques, c’est le sacrifice délibéré qui intéresse ici Pierre Pinon. Depuis le Moyen Âge, à Paris, au jeu de la destruction les pouvoirs publics sont plus forts que les guerres et les incendies. En plus de 300 pages et avec près de 300 illustrations, l’auteur explique pourquoi, en analysant les causes et les effets de nombreux chantiers. Il ne s’insurge ni ne condamne, mais dresse un bilan pour sensibiliser et protéger.

Conscience patrimoniale
Derrière les photographies et gravures choisies, si spectaculaires soient-elles, ce n’est pas l’aberration de destructions spéculatives ou symboliques qui est donnée à voir, mais la construction d’une conscience patrimoniale. Selon Pinon, la valeur d’un édifice n’apparaît généralement au public qu’après sa disparition. Celle-ci résulte alors d’une considération esthétique ou mémorielle. Or, ces notions sont évolutives. L’histoire du patrimoine doit être pensée à partir des faits, les destructions, puis à l’aune du mouvement des idées, de la culture du beau. Ce que permet le découpage de cet ouvrage en cinq périodes historiques. Dans chacune de ces phases, deux rythmes répondent à ces deux repères : celui, lent et ordinaire, du renouvellement architectural, des grandes phases urbanistiques et celui, brutal et rapide, des révolutions, des réappropriations. Ainsi, succède à la vente des biens nationaux pendant la Révolution la naissance des monuments historiques au début XIXe siècle, aux premiers grands remaniements urbains du Second Empire les destructions de la Commune, puis aux critiques de l’alignement et des élargissements la problématique de la ville patrimoniale.

Toutefois, la répétition de ces destructions conduit l’auteur à conclure sur une « espérance ». « Il y a un siècle et demi, on pouvait détruire à Paris un hôtel particulier de l’âge classique sans que personne ne s’en aperçoive ; il y a un siècle, quelques voix s’élevaient ; un demi-siècle, on dénonçait un scandale. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Les protecteurs du patrimoine peuvent continuer utilement le combat. » Un combat qu’il a assurément fait sien.

Pierre Pinon, Paris détruit. Du vandalisme architectural aux grandes opérations d’urbanisme, éd. Parigramme, 2011, 320 p., 49 €, ISBN 978-2-8409-6638-8

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°358 du 2 décembre 2011, avec le titre suivant : Pierre Pinon, « Paris détruit. Du vandalisme architectural aux grandes opérations d’urbanisme »

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