Notes de lecture

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 4 novembre 2009

L’art et la guerre
Les relations qu’entretiennent les artistes avec l’Histoire est décidément d’actualité. Philippe Dagen traite la question au moment de la Première Guerre mondiale. "La guerre, écrit-il en conclusion, parce qu’elle se révèle invisible, met les pouvoirs de la peinture à l’épreuve. De cette épreuve, cet art sort diminué, doutant de lui-même, tenté par le renoncement et la griserie des souvenirs." La Grande Guerre aurait donc marqué une rupture profonde dans le rapport de l’art à son temps quand, au même moment, il a dû affronter la concurrence de la photographie et du cinéma. L’argument de fond de cet essai est en quelque sorte une critique du formalisme moderne, que Philippe Dagen associe directement à l’académisme.
Philippe Dagen, Le silence des peintres, éditions Fayard, 340 p., 165 F.

Enfants artistes
Pour trouver un petit coin de ciel rose et d’arbres bleus, il suffit de prendre la main de Mila Boutan qui emmène tous les enfants dans un monde de sensibilité et délicatesse. L’artiste nous y avait déjà entraîné avec ses Cahiers Atelier (voir le JdA n° 21, janvier 1996). Aujourd’hui, avec Un livre jeu, chaque enfant construit une histoire grâce à des gommettes repositionnables qu’il intègre dans un paysage. Pascaline, 6 ans, a créé une œuvre en piochant dans le "cahier" consacré à Soutine, et a mêlé Modigliani, Fifi, Nounours et tous les autres. Bravo l’auteur !
Un livre jeu, sous la direction de Mila Boutan, Mila Editions, 79 F.

Lisa Fonssagrives
Au-delà d’un hommage émouvant à Lisa Fonssagrives (1911-1992), symbole de la femme élégante de la première moitié du siècle, l’ouvrage parcourt un chapitre dans l’histoire de la photographie de mode. Danseuse, sculpteur, Lisa Fonssagrives, douée d’une intelligence aiguë et d’un charisme impressionnant, a été, pour David Seidner, "le premier mannequin reconnaissable". Elle s’est battue pour la reconnaissance de son métier tout en épousant les styles d’Avedon, de Beaton, de Blumenfeld, et surtout d’Irving Penn qui devint son mari.
Lisa Fonssagrives, textes de David Seidner et Martin Harrison, éditions Schirmer/Mosel, 144 p., 120 ill., 450 F.

Mythes et légendes
De l’artisan de l’Antiquité aux images d’artistes dans le cinéma américain, le colloque qui s’est tenu au Louvre en 1993 avait pour objet d’examiner l’impact des "Vies" d’artistes sur la perception de l’art. Longtemps, l’esthétique a pris les voies de la biographie pour s’élaborer et, même si elles sont souvent à utiliser avec précaution, elles constituent un accès essentiel à l’histoire de l’art. Les différentes contributions réunies dans ce volume montrent toute l’importance des mythes et légendes qui, selon des modèles comparables, transforment Zeuxis ou Jackson Pollock en héros.
Collectif, Les "Vies" d’artistes, coédition Musée du Louvre-École nationale supérieure des beaux-arts, 304 p., 190 F.

Souvenirs de Constable
Pour Constable, la peinture de paysage est un art rigoureux qui occupe dans l’histoire une place cruciale. "La peinture est une science, disait-il, et doit être poursuivie comme une enquête dans les lois de la nature. Mais alors, le paysage ne peut-il pas être considéré comme une branche de la physique, dont les tableaux ne sont que les expériences ?" Peintre lui-même, Charles Robert Leslie se fit le Vasari de son ami Constable. Son livre mêle le récit de sa vie et des considérations esthétiques en utilisant de nombreuses lettres, des fragments de journal intime et les transcriptions de ses conférences. Témoignage précieux à la fois sur la morale d’un homme rigoureux et ombrageux et sur l’éthique de son art, qui, comme l’écrit Pierre Watt dans sa présentation, entend "réenchanter le monde à partir de l’expérience de ce qu’il a de plus banal, c’est-à-dire de plus commun."
Charles Robert Leslie, John Constable, éditions de l’École nationale supérieure des beaux-arts, 336 p., 150 F.

Poussin, Gauguin et le Pop
Les petits livres des éditions de l’Échoppe sont comme des lettres dont le caractère parfois fragmentaire est un gage d’adresse et de précision. Les volumes récemment parus poursuivent cette conception épistolaire de l’édition en faisant de l’éclectisme une vertu. Youssef Ishaghpour consacre quelques pages à Nicolas Poussin, "le Virgile de la peinture, un fruit tardif de la civilisation" (30 p., 27 F). Dans Qui trompe-t-on ici ?, Paul Gauguin fustige la politique d’acquisition de l’administration des Beaux-arts et l’hypocrisie de la critique (24 p., 27 F). Raphaël Sorin rapporte ses "produits d’entretien" avec des artistes américains des années soixante (48 p., 54 F), et Silvia Baron Supervielle une longue conversation avec Geneviève Asse (88 p., 69 F).
Éditions de l’Échoppe, 30 rue Léopold-Bellan, 75002 Paris.

Ciurlionis en exemple
Né en Lituanie en 1875, mort en 1911, Mikajolus Konstantinas Ciurlionis est pratiquement inconnu dans nos contrées. Peintre, compositeur, théoricien, il a délibérément tourné le dos aux règles de la spécialisation qui interdit le mélange des genres. C’est probablement la raison pour laquelle sa peinture est rarement exposée et sa musique pratiquement jamais jouée. Serge Fauchereau a réuni dans ce volume des analyses, des commentaires et des documents qui redonnent à Ciurlionis sa place dans l’aventure des avant-gardes.
Sous la direction de Serge Fauchereau, Ciurlionis, par exemple, éditions DiGraphe, 134 p., 130 F.

L’art en relations
Faisant suite à Immanence et transcendance, le nouvel essai de Gérard Genette s’intéresse à la fonction artistique. Discutant les thèses esthétiques modernes, de Kant à Nelson Goodman et Arthur Danto, l’auteur propose sa propre théorie de la relation complexe qui s’élabore entre une œuvre et un sujet. Il s’agit d’abord d’examiner quelles sont les conditions induites par l’intentionnalité artistique. Le chemin tracé par Genette vers une libre et plaisante appréciation de l’art est sinueux et ardu, mais le canton théorique qu’il explore est trop vaste pour tolérer les lignes droites.
Gérard Genette, L’œuvre de l’art II : la relation esthétique, éditions du Seuil, 304 p., 159 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°33 du 1 février 1997, avec le titre suivant : Notes de lecture

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