Merci, la Belgique ! Merci, chers voisins, pour tout ce que vous avez fait pour le jazz ! Sans vous, que serions-nous ? Nous soufflerions dans des pipeaux, sans doute.
Ou des cornemuses, ce qui est moins pratique pour un solo de Charlie Parker. Car oui, qu’aurait fait le génial saxophoniste sans l’invention de votre concitoyen Adolphe Sax (1814-1894) ? C’est Hector Berlioz, son plus grand admirateur et ami fidèle, le premier qui, en 1842, a composé une œuvre pour cet instrument, avant même que le brevet d’invention ne soit déposé. On est encore bien loin des envolées de John Coltrane. Adolphe Sax est donc né chez vous, à Dinant, pas loin de Namur, mais pas très loin non plus de Bruxelles où il a repris à 21 ans la direction de la manufacture musicale de son père. Cinq ans plus tard à peine, il invente une nouvelle famille d’instruments à qui il donne son nom : les saxophones. Il en présente le premier spécimen à l’Exposition de l’industrie de Bruxelles, puis en France. Pardonnez-moi d’aller si vite mais sa vie est riche : il rencontre donc Berlioz, s’installe à Paris. C’est là qu’il s’attelle à fonder une famille (de saxophones), c’est là aussi qu’il dépose son brevet. Diable, il bouscule nos habitudes ! Les facteurs parisiens lui font toutes les misères pour que cet étranger ne vienne pas s’installer chez eux. Mais votre inventeur, pour être légendaire, n’en est ni moins opiniâtre, ni moins ambitieux. Il trouve secours chez un aide de camp de Napoléon III qui lui offre de formidables débouchés commerciaux dans l’armée. Dans les années qui suivent, il est chef de la fanfare de l’Opéra, facteur de la Maison militaire de l’Empereur, professeur au Conservatoire. Il fait faillite plusieurs fois, se relève presque aussi souvent, mais finit sa vie dans le dénuement puis au cimetière de Montmartre, où il repose discrètement, depuis 1896. Sa trajectoire est inversement proportionnelle à celle de son instrument, dont il n’aura jamais eu connaissance du formidable succès. Et même chez vous, où Bobby Jaspar, Jacques Pelzer ou Jack Sels ont fait les belles heures du jazz belge. Mais il se peut que le plus célèbre soufflant chez vous, ce soit Toots Thielemans qui jouait… de l’harmonica. Flûte !
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À nos voisins belges
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Abonnez-vous dès 1 €Cet article a été publié dans L'ŒIL n°782 du 1 janvier 2025, avec le titre suivant : À nos voisins belges