Nan Goldin : le terrain de jeu du diable

L'ŒIL

Le 12 novembre 2007

Imaginé par Nan Goldin comme un journal intime, ce livre est le plus complet à ce jour. Peu d’ouvrages sont disponibles en français, etla grande exposition du Centre Pompidou en octobre 2001 (L’Œil  n° 530) n’a pas fait l’objet d’un catalogue. Histoires d’amour, d’amitié et d’identité constituent
le cœur du travail photographique de Nan Goldin depuis le début des années 1980. Des images fortes qui se racontent elles-mêmes. Pas de texte ici, sinon quelques paroles, soigneusement choisies, de chansons ou de poèmes – Léonard Cohen, Nick Cave, Guido Costa ou Richard Price – qui participent à l’atmosphère particulière de l’œuvre, et les légendes qui suffisent à situer les lieux, les prénoms, les événements. On est ainsi totalement investis dans ces histoires humaines, devenant presque familiers des personnages. Une majorité de photographies en pleine page permettent cette immersion totale dans l’univers à la fois fascinant et extrêmement émouvant de Nan Goldin. Elle photographie ses proches, construisant au fil de ses images le film d’une vie, peuplé de ceux qui comptent ou qui ont compté, car la mort est omniprésente, à travers la maladie, les chambres d’hôpital, le caractère autodestructeur de certains personnages rencontrés. L’objectif caresse les corps et les visages, saisit les étreintes et la tendresse sans sombrer dans le pathos et le malsain. Ce sont d’abord des moments de vie intenses, heureux parfois, empreints de noirceur et de désespoir souvent ; des images crues (Sueurs, Clemens et Jens, 2001), sensuelles (Premier Amour), des scènes familiales (L’Éden et après, 2002) ou des vues d’appartements, de chambres d’hôtel désertées (Pièces vides) dont les lits défaits et les objets racontent des bribes d’histoires personnelles. Nan Goldin sait transmettre son émotion, créer une ambiance et décrire, à travers son univers intime, le portrait de notre époque. Le livre fait la part belle à ses travaux les plus récents (1995-2001), avec de nombreuses séries inédites, Toujours sur terre, 57 jours ou les magnifiques paysages d’Éléments qui ouvrent le volume.

Nan Goldin : le terrain de jeu du diable, Phaidon, 507 p., 460 ill., 95 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°553 du 1 décembre 2003, avec le titre suivant : Nan Goldin : le terrain de jeu du diable

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