Mercredi 19 décembre 2018

Naissance d’une nation

La Russie vue par ses historiens d’art

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 512 mots

Le projet de La Sainte Russie a été conçu en 1989, en coédition avec des éditeurs étrangers, au moment où la Russie de Gorbatchev s’entrouvre à l’Occident et fête son premier millénaire. Il est l’œuvre d’historiens d’art russes célèbres, auteurs d’ouvrages en langue russe non traduits. Ce livre d’art, où le texte et les illustrations souvent inédites en couleur, bichromie et noir, retracent sept siècles de l’histoire de l’art russe, aurait dû être la somme tant attendue sur le sujet. Mais un manque de rigueur scientifique (en particulier l’absence d’index ou de références à la bibliographie internationale) nuit à sa qualité.

Chaque auteur couvre un thème et une période – étude approfondie des chroniques, de l’iconographie des fresques et des icônes, de l’architecture religieuse et civile. D. S. Likhatchev et G. K. Vagner retracent à travers les chroniques, l’art et l’architecture religieuse, l’histoire de la Russie de Kiev, première principauté slave chrétienne (X-XIe siècle), où s’élabore une variante slave de la culture byzantine.

Les premières églises russes, les fresques, les mosaïques, les icônes ont été l’œuvre d’artistes grecs, mais l’art russe eut très vite une identité propre, qui exprimait une nouvelle unité de la religion, de la vision du monde et de la société. Le rôle essentiel de la religion est illustré ici par les fresques, les icônes, les livres enluminés, qui servent d’intermédiaires entre Dieu et les croyants. Les icônes sont chargées d’un pouvoir miraculeux et ont une importance aussi grande que les mosaïques dans les églises byzantines.

G. I. Vzdornov étudie la période de l’invasion tataro-mongole, qui bouleverse le pays pendant deux siècles et entrave son développement. Mais les acquis – comme en témoigne la fresque de la Mise au tombeau de 1380 (ci-dessus) – se conservent et s’inscrivent dans le courant général de l’évolution européenne.

Moscou héritière de Byzance
R. G. Skrynnikov retrace la période XIVe-XVIIe siècle. La lente chute de l’Empire byzantin et l’arrivée au pouvoir de princes autocrates, soutenus par l’Église officielle, se doublent de l’affirmation que Moscou devient la "troisième Rome". Les projets artistiques et culturels sont alors si ambitieux que seul le souverain peut en prendre l’initiative. Lorsque le tsar Ivan III fait venir de Bologne, en 1475, l’architecte italien Aristote Fioraventi pour bâtir le Kremlin, il a soin de l’envoyer à Vladimir, cité du XIIe siècle, pour qu’il s’en inspire.

Les figures allongées, l’élégance et la grâce délicate des icônes de Dionissi symbolisent l’évolution artistique de cette époque. On peut regretter que l’ouvrage ignore les bouleversements que la Russie connaît du XVIIe au XXe siècle, et espérer une suite. Regretter également, outre quelques redites d’un texte à l’autre, que les bibliographies ignorent ce qui est publié hors de Russie. Les illustrations ne sont pas appelées dans le texte et, surtout, l’absence d’index rend la consultation difficile. Livre d’art, avec comme toujours quand il s’agit des ouvrages de l’Imprimerie Nationale, une irréprochable qualité de reproduction, un grand soin apporté à la présentation et une iconographie riche et très souvent inédite.

La Sainte Russie, ouvrage collectif, 488 pages et 420 illustrations, Imprimerie Nationale, prix 690 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : Naissance d’une nation

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