Architecture

Monumentales monographies

Santiago Calatrava et Tadao Ando en feuille à feuille

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 1 août 2007

Taschen a encore frappé ! La plus récente monographie architecturale publiée par l’éditeur allemand mêle une fois encore le poids du papier et le choc des visuels. On n’en est pas encore au
« XXL » consacré à Helmut Newton, mais après Tadao Ando et Renzo Piano, voici venu le temps grand format de Santiago Calatrava, le maître espagnol, tout à la fois architecte, ingénieur et artiste, qui en l’espace de trente ans a édifié une œuvre considérable.
Agé de 55 ans, travailleur acharné et discret, Calatrava est un pur génie de la légèreté, de l’effleuré, de l’évanescent. Dominant la matière et la technique qu’il plie à toutes ses pulsions, il excelle particulièrement dans ce qu’il est convenu de nommer les ouvrages d’art (ponts, passerelles, stades, auditoriums, tours de contrôle, gares, aéroports – on lui doit, en France, la gare SNCF sur le site de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry). Philip Jodidio nous entraîne d’un pas et d’une plume alertes au cœur d’une œuvre qui semble combiner les talents d’un Boullée, d’un Eiffel, d’un Gaudi, d’un Buckminster Fuller en les prolongeant dans le temps et dans l’espace. Seule déception, face à tant de talent : que l’artiste ne soit pas à la hauteur de l’architecte et de l’ingénieur.

Leçon d’architecture
De leur côté, les galeristes Enrico Navarra et Patrick Seguin renouvellent leur collaboration éditoriale. Après un mémorable Prouvé, c’est au tour du maître japonais Tadao Ando d’être célébré en un ouvrage moins important que le précédent, mais tout aussi copieux. À l’expressivité de l’Espagnol succède la rigueur du Japonais dont le chef-d’œuvre demeure, certainement, l’Église de la lumière, à Osaka, qui ferait retrouver la foi à un athée militant…… Peu de textes ici, si ce n’est une amusante introduction d’Enrico Navarra, une très intéressante conversation entre Tadao Ando et son ami photographe Hiroshi Sugimoto, et, surtout, une petite merveille de subtilité dialectique signée François Chaslin, historien et critique d’architecture. Sous le titre « D’île en lagune, itinéraire d’un sérénissime », Chaslin nous livre une leçon d’architecture, d’histoire, de politique, d’économie, de philosophie, de civilisation et de regard d’une grande finesse. Se cantonnant à l’implication d’Ando pour l’île Seguin et le Palazzo Grassi pour François Pinault (lire aussi p. 7), il déborde largement des rives de l’île et des limites de la lagune au profit d’un double itinéraire (le sien et celui d’Ando) magistral.
Deux pavés indispensables et, pour une fois, non liés aux fêtes de fin d’année.

- Santiago Calatrava, Philip Jodidio, éd. Taschen, 520 pages,100 euros, ISBN 978-3-8228-4711-4 - Tadao Ando, éd. galeries Enrico Navarra et Patrick Seguin, 512 pages, 100 euros, ISBN 2-911596-34-X.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°261 du 8 juin 2007, avec le titre suivant : Monumentales monographies

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