Mercredi 12 décembre 2018

Monographie

Mister Ross et Docteur Lovegrove

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 10 septembre 2004 - 524 mots

Un ouvrage revient sur la démarche du designer qui a développé le concept d’« essentialisme organique ».

On parcourt cette première monographie consacrée au designer Ross Lovegrove un peu comme si on déambulait dans un cabinet médical. Les pages sont blanches, lisses, parfaites. Les projets placés à la queue leu leu comme des radiographies sur une table lumineuse. En couverture, une volée de marches, celles précisément de l’escalier hélicoïdal planté dans son nouvel atelier londonien. Un escalier qui pourrait ressembler, de loin, à une structure d’ADN. D’ailleurs, Lovegrove, qui en est l’auteur mais aussi le fabricant, l’a baptisé Escalier DNA [ADN en anglais].
Cela fait quelques années déjà que ce designer né en 1958 à Cardiff (pays de Galles), s’est pris de passion pour les structures complexes de la Nature. « Depuis longtemps, explique, dans un avant-propos, Paola Antonelli, conservateur du département Architecture et Design au Museum of Modern Art de New York, la Nature est source d’inspiration pour les architectes, ingénieurs et designers. Les hommes imitent des formes qui existent déjà dans la nature, autant comme des réponses optimales à des besoins fonctionnels que comme des symboles […]. »
Lovegrove, lui, s’est fabriqué un concept tout exprès qu’il a appelé l’« essentialisme organique », et qu’il définit comme suit : « une approche du design et de la manufacture des choses qui combine la logique et la beauté ». Rien de moins.
L’ouvrage s’attache donc à en faire la démonstration, en décortiquant une quarantaine de projets de ces vingt dernières années : du flacon de parfum (Armani) à l’appareil photo (Olympus), de la bouilloire (Hackman) à la paire de lunettes (Tag Heuer), du vélo en bambou (Biomega) au douillet fauteuil-cocon Sky Sleeper, conçu pour la 1re classe de la compagnie Japan Airlines.
Au fil des pages, on découvre la manière dont Lovegrove s’empare de l’esthétique et des structures issues du monde naturel pour les transcrire en formes organiques, voire sculpturales, qu’il frotte ensuite aux technologies et aux matériaux les plus sophistiqués. Pages 78 et 79, un projet de mobilier de bureau pour Herman Miller (États-Unis) met, en vis-à-vis, le dessous d’une table en nid-d’abeilles, avec son fin pied métallique, et une libellule, les ailes à plat et le corps effilé. Pages 24 et 25 sont présentés les moules en aluminium qui ont servi à réaliser la bouteille d’eau minérale pour la firme Ty Nant (pays de Galles). Tout y est : l’effet d’eau courante n’attend plus qu’à être transposé sur le plastique transparent de la bouteille.
Partout les formes sont fluides, les courbes sensuelles. Proches finalement du corps humain. Pas étonnant alors si nombre de chaises font aussitôt songer à des fragments d’os humains : la Go Chair, la Spin Chair ou la Orbit Chair simulent presque… des vertèbres. Mais ce que Ross Lovegrove semble le plus apprécier, dans la Nature, ce sont… les femmes, surtout dans leur plus simple appareil. Plusieurs beautés se lovent en effet nues dans les sièges du designer. Sans doute pour vanter le confort assurément « organique » de son mobilier !

SUPERNATURAL, THE WORK OF ROSS LOVEGROVE, éd. Phaidon, 2004, 240 p., en anglais, 69,95 euros. ISBN 0-7148-4367-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°198 du 10 septembre 2004, avec le titre suivant : Mister Ross et Docteur Lovegrove

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