Anthologie

L’impertinent William Klein

Le Journal des Arts

Le 30 septembre 2014 - 575 mots

William Klein est un enfant terrible de l’art, dont le désir expérimental cherche à bousculer et explorer. Un coffret de 12 films recense l’étendue et les formes de son œuvre.

Rien ne semble pouvoir arrêter William Klein. Et surtout pas sa curiosité. Après s’être essayé à la peinture, celui que certains surnomment le bad boy, se tourne vers la photo et rompt avec l’image propre, parfaite, en usant de décadrages, grand-angle, flous, grains, mouvements et forts contrastes.
Un temps photographe de mode, son audace conduira les mannequins à défiler dans la rue. Vêtus de robes composées de traits, il leur fait traverser des passages piétons, et les photographie en plongée au téléobjectif. L’un des modèles, immortalisé cigarette à la bouche et sans gants, alors comble de la vulgarité, lui vaudra la censure. Mais il lui en faudra bien plus pour refréner son envie de bousculer les habitudes ou se décourager.

Et pour continuer sur sa lancée, il saura s’entourer. C’est certainement une des choses les plus frappantes à la vue de ces films réunis. Au générique comme à l’écran, dès son premier court-métrage Broadway by light – tourné en 1958 et édité pour la première fois en DVD – Alain Resnais en est le conseiller technique, Chris Marker assure les sous-titres, Maurice Le Roux la musique et Anatole Dauman la production (lui à qui l’on doit les premiers films de Marker ; Nuit et brouillard et Hiroshima mon amour de Resnais ; Le Tambour de Schlondorff ; ou Paris Texas et Les ailes du désir de Wenders). On est donc déjà dans la cour de ceux qui deviendront très grands dans ce court-métrage de 10 minutes à la fois poétique, féerique, narratif et graphique !

Une multitude de références culturelles
Dans les films suivants, Robert Delpire se fera coproducteur, tandis que Delphine Seyrig, Alice Sapritch, Jean Rochefort et Philippe Noiret joueront dans Polly Maggoo, dont Michel Legrand signe la musique et Roland Topor le générique dessiné sur 4,3 mètres de papier filmé. On y voit aussi Serge Gainsbourg dans Mister Freedom, Anémone et André Dussollier dans Le couple témoin ouvrant la voie de la téléréalité. Mais aussi Bambou et Sapho, Yves Saint Laurent et Jean-Paul Gaultier. Sans oublier Edmonde Charles-Roux parlant d’ Yves Saint Laurent, âgé de 16 ans, venu avec sa mère, et dont elle souligne qu’il « a déjà un style » !

Mais qui dit Klein, dit aussi films militants. Lui qui a filmé le Festival panafricain d’Alger (1969), les Black Panthers, Daniel Cohn Bendit et mai 1968 à Paris. Ou encore Malcolm X rencontré par hasard dans un avion et qu’il filmera deux semaines avant son assassinat. Dans les divers bonus, Klein s’exprime sur ses images, sur ses films, met en contexte les scènes sans langue de bois, soulignant tantôt l’influence de Mohamed Ali sur les uns et les autres, tantôt le « discours à la con de Mobutu » quand Cassius Clay s’est rendu au Zaïre pour combattre Sonny Liston. Mais aussi son agacement d’entendre Roland Barthes voir dans ses photos une manière d’analyser l’habillement des gens du pays visité, alors que Klein y place une réflexion sur le photographe et le photographié.
Cette émulation artistique et cette liberté réunies font donc grand bien à voir et revoir. Seul un documentaire sur la peinture de Klein – finalement abordée très (et trop) vite – gagnerait à être ajouté, à travers un bonus par exemple, pour que le tableau soit complet !

Coffret William Klein

12 films, 10 DVD, Arte (18h 40 min), 100 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°420 du 3 octobre 2014, avec le titre suivant : L’impertinent William Klein

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