Mardi 11 décembre 2018

L’identité en Grèce ancienne

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995 - 406 mots

Françoise Frontisi-Ducroux, membre du Centre Louis Gernet, dirigé par Pierre Vidal-Naquet, revisite le monde grec et ses données, et le met à l’épreuve d’une recherche aux aspects multiples : retrouver l’homme grec et nous le révéler, voir son visage et retracer l’image qu’il avait de lui-même...

Le plan du livre est clair. Les deux premiers chapitres constituent une longue introduction en forme d’inventaire sur le masque et le visage. Qu’est-ce qu’un masque dans la Grèce archaïque et classique ? Aucun masque scénique, fait de bois, de toile et de plâtre – matériaux fragiles –, n’a pu survivre. Pour le décrire, l’auteur ne dispose que de copies de marbre, de métal, ou de représentations sur des vases, des sculptures, de petites statues. Mais la Grèce ancienne offre d’autres clés. L’auteur se fonde sur des notions grecques : elle fait appel à la linguistique, aux termes "prosopon" et "prosopeion" que les Grecs utilisaient pour décrire tout à la fois le masque et le visage.

Le masque, précise-t-elle, "par sa stylisation, la simplification géométrique de ses traits et sa structure thématique, s’offre à nos yeux comme une épure du visage". Le masque antique ne se réduit pas à une simple face, il comporte souvent une calotte avec perruque. L’acteur n’est qu’une voix sans visage. Mais le "prosopon", c’est aussi le "visible". Le visage exprime et révèle des émotions, il est le miroir de la personne. La souffrance, la folie, la mort altèrent la personnalité et occultent le visage.
 
Le chapitre central, "La face interdite", est au centre de l’étude sur l’identité grecque. La face interdite de la gorgone symbolise "l’inabordable" et sert de référence lorsqu’on s’efforce de décrire l’inexprimable, l’indicible. Elle est toujours représentée de face. C’est une tête humanoïde, "mais les éléments humains s’y conjuguent avec des parties animales".

Enfin, la représentation frontale d’un visage sert aussi à indiquer l’interruption de la communication visuelle, dans des cas précis – le sommeil ou la mort du héros. L’ivresse fait aussi partie de ces états qui supposent une perte de la lucidité : les buveurs, sur les coupes à vin, sont représentés de face.

L’ouvrage revisite le monde grec et ses données, et le confronte à une riche documentation. L’en­semble est complété par des notes, une bibliographie et une abondante iconographie de masques, de vases, de coupes et d’amphores.

Françoise Frontisi-Ducroux, Du masque au visage, Collection "Idées et Recherches" Flammarion, 190 p., 106 illustrations N & B, 180 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : L’identité en Grèce ancienne

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