Lundi 17 décembre 2018

Livre

Littérature

Les salons d’un peintre en prose

Par James Benoit · L'ŒIL

Le 29 août 2018 - 354 mots

Publié pour la première fois en Italie en 1987, le recueil Salons de Giorgio Manganelli regroupe un ensemble de textes critiques portant, sous l’impulsion de l’éditeur d’art Franco Maria Ricci, son regard sur des tableaux de maîtres illustres, des courants et des objets anodins.

Sans discrimination, il s’approprie ce moment en un acte de création récréative qui lui est propre et le met au service d’une littérature riche de styles et de caractère. De prime abord, chaque texte semble vouloir raconter l’œuvre, la parcourir d’un regard de romancier attaché à son histoire, à sa granularité. Puis, rapidement, l’œil de l’auteur se tourne vers l’intérieur, où le doux tumulte de sa pensée prend son cours, bouillonnant, digressif, et se saisit des rebondissements et des accidents de parcours pour associer en un art subtil la profondeur de la réflexion à la vastitude de la rêverie. On peut ici s’intéresser au processus artistique de création de prose à partir d’images et de matières, en passant de la sensation à l’imagination par le verbe, ou bien partir des mots associés, des tournures rhétoriques, et remonter le cours du propos et des visions vers l’impression originale de l’image sur la rétine, c’est toujours une approche radicalement sensible et originale qui régit le rapport de Manganelli à l’art de créer. Nulle part il n’interprète. Il ne décrit pas. Mais il parcourt son sujet d’une pensée active, présente à la matière, incarnée, et pose un regard d’une intense acuité sur les aspérités des détails. Un regard qui pourrait être celui de l’enfant, toujours nouveau et innocent à l’émerveillement d’une courbe, d’une couleur, d’un mouvement, toujours questionnant sur les tenants et les aboutissants, les natures sous-jacentes. Ainsi, hors de tout contexte et de toute source, de toute expertise, placé à nu face à l’œuvre plastique, il produit physiquement les « mouvements diversement rythmés » de son geste d’écriture, et son approche critique se mue en quête de littérature. Avec humour, simplicité, parfois confusion assumée, l’auteur nous invite par la pensée à lire l’art autrement, comme objet physique à méditer, et propose d’un même élan, alliant l’éloquence et le style, l’œuvre d’un peintre en prose.

Giorgio Manganelli, Salons
traduit de l’italien par Philippe Di Meo, L’Atelier contemporain, 155 p., 20 €.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°715 du 1 septembre 2018, avec le titre suivant : Les salons d’un peintre en prose

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