Cinéma

Les reflets de l’art

Par Adrien Gombeaud · L'ŒIL

Le 6 novembre 2023 - 408 mots

Prisonnier d’une demeure qu’il comptait cambrioler, un voleur n’a plus que des œuvres d’art pour survivre.

Willem Dafoe dans le film Inside de Vasilis Katsoupis © Photo Wolfgang Ennenbach / Focus Features, 2023
Willem Dafoe dans le film Inside de Vasilis Katsoupis.
© Wolfgang Ennenbach / Focus Features, 2023

Au cinéma, l’art est volontiers raconté à travers les voleurs. Comme si les voyous, par leurs forfaits, mesuraient mieux que nous la valeur du talent. Film esthète, un brin trop cérébral, mais original et bizarre, À l’intérieur déroule encore l’histoire d’un monte-en-l’air. Nemo, cambrioleur de haute volée, s’introduit dans un luxueux appartement de Manhattan. Le propriétaire, un célèbre architecte, est parti pour plusieurs mois. Nemo est venu lui voler quelques tableaux, dont un autoportrait d’Egon Schiele. Nous sommes dans l’une de ces habitations ultra-connectées où, du frigo aux volets, tout est centralisé. Et voilà qu’au moment où Nemo s’apprête à prendre la poudre d’escampette avec son butin, la machine se détraque. Les portes se verrouillent, la chaleur monte en flèche et Nemo devient le Robinson d’une bulle high-tech sur les hauteurs de New York, avec pour seule compagnie, en guise de Vendredi, une collection de peintures.

Dans une prison de luxe

Le cinéaste grec Vasilis Katsoupis a conçu le décor de cette prison de luxe avec le commissaire d’exposition Leonardo Bigazzi. Sur les murs, s’affichent des œuvres conçues pour le film par les artistes Stefanos Rokos et Francesco Clemente, ainsi que des pièces originales issues de collections privées. Cet ensemble dessine en premier lieu la personnalité du propriétaire absent. Le voleur, de plus en plus maigre et déshydraté, erre parmi les œuvres. Il remarque un visage convulsé capté par Joanna Piotrowska, il rencontre une vidéo de Breda Beban où deux personnes dialoguent sans parvenir à se rejoindre. Vasilis Katsoupis insiste aussi sur une photo d’Adrian Paci intitulée Centre de détention provisoire. Des migrants sur une passerelle d’avion, au beau milieu d’un tarmac vide, entassés dans l’attente d’un avion qui n’arrivera jamais. La collection finit ainsi par refléter non plus son propriétaire, mais Nemo lui-même. Il est joué par Willem Dafoe, spectaculaire et seul en scène. Au fil des plans, son corps émacié se décalque sur l’autoportrait de Schiele qu’il convoitait au début de son aventure. L’art n’est plus le miroir de l’artiste, mais de celui qui regarde. Enfin, à bout de forces, Nemo va lui-même se mettre à créer. Il croque des visages sur son petit carnet, puis entame sur les murs une fresque vertigineuse. Ainsi sur son île, l’art ne le nourrira pas, ne le sauvera pas, mais il est tout ce qu’il restera de son passage. Et peut-être du nôtre ?

Willem Dafoe dans le film Inside de Vasilis Katsoupis © Photo Wolfgang Ennenbach / Focus Features, 2023
Willem Dafoe dans le film Inside de Vasilis Katsoupis.
© Photo Wolfgang Ennenbach / Focus Features, 2023
À VOIR

À l’intérieur, de Vasilis Katsoupis. En salle le 1er novembre 2023.

À SAVOIR

À l’intérieur est le premier long métrage de fiction du cinéaste grec Vasilis Katsoupis. Le film a été entièrement tourné en studio. Willem Dafoe, 68 ans, est l’un des acteurs les plus prolifiques du cinéma américain. Figure familière des films d’Abel Ferrara ou de Wes Anderson, il avait, en 2018, prêté ses traits à Van Gogh dans At Eternity’s Gate de Julian Schnabel.

Thématiques

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°769 du 1 novembre 2023, avec le titre suivant : Les reflets de l’art

Tous les articles dans Médias

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque