Les grandes maisons dans la prairie

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 10 août 2007

Notoriété acquise, en général les grands architectes délaissent les projets alimentaires que sont les maisons individuelles. Frank Lloyd Wright (1867-1959), pourtant l’un des plus grands architectes du xxe siècle, s’y est consacré tout au long de sa longue carrière. Connu pour le musée Guggenheim de New York, Wright aura aussi construit 260 maisons, et autant de jalons dans l’histoire de l’architecture.

En symbiose avec la nature
Après quelques années passées dans un cabinet d’architectes à Chicago, il se met à son compte et construit en 1893 la première des « Maisons de la Prairie » qui feront sa réputation. La maison Winslow marquerait, avec la maison Tassel de Horta en Belgique, les débuts de l’Art nouveau, un vaste mouvement qui entend rompre avec l’historicisme de cette fin de siècle. Arts décoratifs et architecture ne savent plus que recycler les styles du passé. Influencé par l’esthétique japonaise, Wright épure les surfaces et privilégie les formes rectilignes. Ses Prairie Houses se déploient horizontalement abritées par un large toit débordant. Bien que construites dans la banlieue résidentielle de Chicago, elles semblent faites pour épouser les prairies du Midwest.
Pourtant, après ces premiers succès, Wright effectue une très longue traversée du désert. Sa vie conjugale tumultueuse sur fond de grande dépression économique n’y est pas pour rien. Sa carrière redémarre en 1936 avec la maison Kaufmann, construite sur une cascade et les maisons « usoniennes », des maisons à faible coût de construction.
Acteur du renouveau architectural, Wright se distingue cependant très nettement du Style international promu par le Bauhaus. Là où les architectes fonctionnalistes assujettissent la forme à la fonction et promeuvent un dépouillement extrême, Wright défend une architecture organique. Ses édifices épousent les sites sur lesquels ils sont construits et semblent émerger du paysage. Ils sont bâtis avec des matériaux naturels et chaleureux (bois, pierre). Le quasi autodidacte, élevé à la campagne, exalte les valeurs individuelles américaines. Les espaces intérieurs sont fluides et ouverts, organisés autour d’une vaste cheminée.
Malgré ses apparences de beau livre de décoration, l’ouvrage contient des textes denses et fournis. Paru initialement aux États-Unis, son tropisme américain peut parfois agacer (le C.V. des clients de l’architecte). Mais par son exhaustivité et sa qualité éditoriale, c’est une référence absolue.

Alan Weintraub (photographe), Alan Hess (texte), Frank Lloyd Wright, Les Maisons, éditions du Chêne, 540 p., 65 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Les grandes maisons dans la prairie

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