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Les couleurs du langage

Par James Benoit · L'ŒIL

Le 23 février 2022 - 388 mots

Depuis le domaine de la psychologie sociale ou comportementale jusqu’au registre des symboles, de leur application marketing à leur utilisation pour le design, et jusqu’à l’environnement des médecines dites douces, les couleurs impriment leurs différences de nature et d’effets.

Leurs répercussions sensorielles, émotives, cognitives, qu’on peut partout et tout le temps constater en leur présence, tendent à exprimer une cause et un but sous-jacents à leur utilisation, qu’elle soit pure ou au sein d’un assemblage particulier. Nous en témoignions, il y a peu, dans ces colonnes au sujet du dernier écrit Codex de Richard Texier : une part de cette expressivité qu’on attribue à la couleur lui vient du lexique personnel que chacun d’entre nous élabore à travers son histoire, dans son rapport unique à son environnement. Une autre part semble pourtant transcender cette aventure, transcender les imprégnations des familles, des groupements, des cultures, et plus directement nous parler de notre propre nature. Ainsi, chaque variation de longueur d’onde dans le domaine du visible emporte avec elle son univers de représentation subjective. À l’instar des intuitions de Van Gogh, certains champs de culture semés deviennent vite sémantiques. Plus largement, les arts s’en emparent comme d’un médium pour retranscrire sans les mots la part de l’indicible. Il en ressort que la couleur est un langage visuel plus proche de la poésie que de l’explication de texte. Il nous revient d’en apprendre la prosodie, la grammaire, l’orthographe. Apprendre à l’entendre. Apprendre à le comprendre. Apprendre à le parler. À cet effet, les éditions Hazan ont publié durant l’année 2021 un corpus d’ouvrages destinés à chaque tranche d’âge, tant il est vrai que cet apprentissage, sensitif et cognitif, ici vu à travers son utilisation dans les arts, accompagne comme d’autres territoires de découverte le cheminement d’une vie. L’étonnant pouvoir des couleurs a cette particularité qu’il se lie à celui des émotions, dans leur assemblage comme dans la confusion, et qu’au contraire des formes, et qu’au contraire des gestes, sans leur donner de ligne ni de direction, il impose la force du sens. Car la présence d’une couleur n’est jamais anodine : elle veut dire quelque chose. Et nous nous chargeons parmi elles d’un potentiel d’existence, d’une compréhension, d’un ressenti, sans jamais savoir si de cette chose qui serait à dire nous sommes finalement le destinataire, la source ou bien le véhicule.

Didier Baraud, Christian Demilly, « Couleurs – Mes premiers imagiers de l’art, »
Hazan Jeunesse, 38 p., 12,50 €.
Nicolas Martin, « Haut en couleurs !, »
Hazan Jeunesse, 64 p., 18 €.
Josef Albers, « L’Interaction des couleurs, »
réédition revue et augmentée de l’édition de Yale University Press 1963, Hazan, 208 p., 20 €.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°752 du 1 mars 2022, avec le titre suivant : Les couleurs du langage

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