Samedi 21 septembre 2019

Télévision

Les arts plastiques, plus que jamais parents pauvres

Toutes les tentatives d’émissions régulières se sont soldées par un fiasco.

Le Journal des Arts

Le 1 avril 1994 - 511 mots

Avec la diffusion le 4 avril sur France 3 du 13e et dernier numéro de « l’Atelier 256 » de Jacques Chancel, magazine de création souvent maladroit il faut le reconnaître, disparaît des grilles la dernière émission régulière de télévision consacrée aux arts plastiques, si l’on met à part les séries de « Palette » d’Alain Jaubert diffusée par Arte. Alors que l’image a envahi l’univers contemporain en passant par le grand puis le petit écran, les arts plastiques restent décidément les parents pauvres de la télévision.

Toutes les tentatives de diffusion d’émissions régulières, consacrées à la peinture, la sculpture ou l’architecture ont fini par faire un fiasco, si l’on excepte ces dernières années "Océaniques", magazine multiculturel sur FR3, créé par Yves Jaigu en 1987. "Océaniques" a tenu le coup plusieurs années malgré le feu nourri des critiques et le mépris dans lequel le tenait le tyran Audimat. On parle encore des émissions de Pierre Dumayet sur Van Gogh ou le musée d’Orsay ou, plus récemment, des "Arts", émission régulière du même Alain Jaubert, toujours sur France 3.

"Liquidée"
"L’émission a été peu à peu liquidée par Hervé Bourges, qui la repoussait sur une heure de plus en plus tardive", rappelle Alain Jaubert. Seules les émissions littéraires qui permettent de parler de tout autre chose que de littérature ont grâce aux yeux des dirigeants de chaîne. Les émissions scientifiques subissent le même sort, estime-t-il. Il est vrai que certains dirigeants du service public parlaient de "culture ghetto" à propos d’"Océaniques". "Palette" marche bien parce qu’elle est soutenue avec persévérance et "volontarisme" par ARTE et l’ensemble de ses producteurs, et aussi en raison de sa formule un peu particulière, chaque émission étant consacrée à un peintre ou plus précisément à un tableau", poursuit le producteur.

Un état de "crise permanente" de la télévision depuis dix à quinze ans avec de multiples changements de direction, les décisions toujours repoussées, les idées toutes faites que les responsables de chaîne ont du public, les menaces sur La Sept/ARTE, la pression de la publicité, de l’audimat donc, sont pour Alain Jaubert les raisons du divorce entre l’art et la télévision. Ce à quoi il ajoute la faillite d’une dizaine de sociétés de production en attente de commandes qui ne viennent pas.

L’art ne peut être imposé
Yves Jaigu craignait comme la peste la "télévision de produit", et qualifiait ce média de "création de haute fantaisie". Il faut "balayer les intermédiaires entre le public et le génie", plaidait-il en vain. Certains penseront que l’art n’est pas populaire, qu’il nécessite un choix et ne peut pas être imposé comme s’impose tous les soirs la télévision. La preuve en est le succès des ventes des séries "Palette" sous forme de cassettes vidéo, format qui permet le choix, choix de l’artiste, choix du lieu et du temps de visionnage.
Après la disparition d’"Atelier 256", que reste-t-il au téléspectateur ? ARTE promet des rediffusions de "Palette" et une nouvelle série à la fin du printemps ou au début de l’automne, sur Duchamp, Titien, Raphaël et Watteau, avec, en préparation, Kandinsky, Matisse et Cézanne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : Les arts plastiques, plus que jamais parents pauvres

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