Samedi 15 décembre 2018

XVIIe-XVIIIe

L’éclairage comme marqueur social

Par Carole Blumenfeld · Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2016 - 469 mots

L’histoire de la vie quotidienne s’enrichit d’une étude de l’éclairage, du chauffage et de l’eau dans les intérieurs dépeints par les artistes.

La Madeleine à la veilleuse de Georges de La Tour (Musée du Louvre), La Dame attachant sa jarretière et sa servante de François Boucher (Collection Thyssen-Bornemisza, Madrid) ou Le Souper chez le prince Louis de Conti au Temple par Olivier Barthélemy (Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon) : trois œuvres clés de l’art français où les questions liées sous l’Ancien Régime à l’usage de l’éclairage, du chauffage et de l’eau sont essentielles et dont les artistes ont joué. Œuvres intimistes à l’appui, l’ouvrage de Stéphane Castelluccio apporte des réponses précises quant aux interrogations portant sur les matériaux, modes de commercialisation, poids et mesures anciens ou coûts.

Caractéristiques techniques
Depuis la parution aux PUF de La Naissance de l’intime. 3 000 foyers parisiens, XVIIe-XVIIIe siècles d’Annick Pardailhé-Galabrun en 1988, l’histoire sociale de la vie quotidienne parisienne s’est considérablement enrichie, notamment grâce aux travaux de Daniel Roche ou de Natacha Coquery, mais l’approche choisie ici par Stéphane Castelluccio, spécialiste des décors et des arts décoratifs, est originale. En croisant des archives et une étude des objets eux-mêmes, il balaye toutes les échelles de la société, des intérieurs les plus modestes aux appartements royaux de Versailles, et offre un panorama des contraintes et des jeux sociaux autour de l’économie domestique. Grâce aux indications très précises sur les matières, le stockage ou l’acheminement, toutes les caractéristiques techniques et esthétiques des objets sont minutieusement détaillées, du positionnement du robinet dans la célèbre Fontaine de cuivre de Chardin (Musée du Louvre) aux mouchettes et leurs plateaux, destinés à recueillir les mèches chaudes coupées.

Les passages consacrés aux usages sont les plus intéressants, d’autant que l’auteur s’est attaché à les remettre dans leurs contextes techniques et sociaux. Il explique par exemple comment les défauts des mèches des chandelles employées pour la toilette de Marie-Antoinette sont à l’origine de l’extinction des quatre bougies sur sa toilette en mai 1789, ce qu’elle interpréta comme un mauvais présage. On relève encore la phrase piquante de Madame de Genlis au sujet des femmes qui trichaient sur leur rang : « Il y a de la dignité à se contenter de ce que l’on est ; il n’y en a point à vouloir paraître ce qu’on n’est pas. Les petites usurpations sont ignobles. » Ainsi, une femme ne sortait la nuit tombée qu’accompagnée de deux domestiques, dont l’un portait un flambeau, tandis que ceux des duchesses en portaient chacun un : « c’était moins un égard pour les femmes titrées qu’une délicatesse pour soi-même », selon celle-ci.

Si l’ouvrage, servi par une maquette soignée qui fait la part belle aux illustrations, est particulièrement agréable à consulter, le ton sec de l’auteur est quelque peu regrettable et les commentaires de certains dessins et tableaux auraient peut-être pu être plus fournis.

L’Éclairage, le chauffage et l’eau aux XVIIe et XVIIIe siècles, Stéphane Castelluccio

Éditions Gourcuff Gradenigo, Montreuil, 250 p., 160 ill., 59 €

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : L’éclairage comme marqueur social

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