Lundi 17 décembre 2018

Le Top 100 (x 2) de la création

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 11 mai 2001 - 511 mots

Succès anglo-saxons, aujourd’hui traduits en français, Fresh Cream et 10 X 10 offrent en deux livres un panorama des arts plastiques et de l’architecture contemporaine. Servis par une conception exemplaire, ces ouvrages s’apparentent à un zapping de deux cents noms dans lequel les temps d’analyse et de réflexions sont rares.

Dix critiques ont sélectionné dix artistes pour établir en cent noms un panorama de la création contemporaine. Entamée en 1998 avec Cream, l’initiative de l’éditeur anglais Phaidon, pouvait évidemment prêter à sourire. “Des 100 chefs d’entreprises qui comptent” au “100 plus belles filles du monde”, nos lectures hebdomadaires abondent de ces “top 100”. Présenté comme “une biennale d’art contemporain”, Fresh Cream, le second volume de l’expérience, aujourd’hui traduit en français, souhaite toutefois dépasser l’exercice populaire. Précédant un entretien croisé des critiques invités, la préface n’introduit rien de moins qu’”un point de rencontre où des artistes très éloignés – au propre ou au figuré – des circuits artistiques trouvent une occasion de présenter leur travail à un vaste public, et cela sur le plan mondial”. Inutile de dire que ce rêve d’un “centre d’art imaginaire” ne présente rien de réellement novateur ou d’inattendu : un nombre significatif d’artistes présentés ici, comme Sergio Vega ou Chen Chieh-Jen l’étaient aussi à “Partage d’exotismes”, la dernière Biennale de Lyon. Et l’on s’amusera, dans un vieux réflexe, à souligner la sur-représentation américaine.

Édité par la même maison, et obéissant à une règle similaire, 10 X 10 fait lui appel aux critiques d’architecture pour tenter – sur un mode comparable aux 40 architectes de moins de quarante ans, paru l’an dernier chez Taschen –, un zapping planétaire des agences en vue. Beaucoup plus riche en texte et intéressant sur le fond que Fresh Cream, ce pavé n’en demeure pas moins un livre d’images. Au fil des cinq cents pages, les photographies de construction succèdent aux esquisses, collages et autres vues infographiques, comme pour rappeler que le succès planétaire des architectes passe par leur capacité à communiquer sur papier glacé.

Attirant par une reliure “packaging”, un graphisme soigné et des notices concises, les deux ouvrages méritent évidemment le qualificatif de “coffee-table book”. On leur préférera celui moins péjoratif d’index, une liste de cent personnes où le seul classement admis est heureusement celui de l’alphabet, d’Eija-Liisa Ahtila à Dolores Zinny et Juan Maidágan pour Fresh Cream, et de Abalos Herreros à Riken Yamamoto pour 10 X 10. Comme les dix doigts d’une main, les commissaires d’expositions (Iwona Blazwick, directrice de la Whitechapel londonienne, le Thaïlandais Apibab Poshyananda, ou Bice Curiger directrice de la rédaction de la revue suisse Parkett) ou les critiques d’architectures (parmi lesquels Terence Riley du MoMA, ou Kristin Feireiss de l’Institut d’architecture des Pays-Bas) pointent des noms, quelques images et une poignée de textes. Au lecteur de ne pas se contenter de ces gros livres. “Quand le sage montre la lune du doigt, l’idiot regarde le doigt”, dit le proverbe chinois.

- Fresh Cream, 656 p., 350 F, éditions Phaidon, 2000, ISBN 0-7148-9114-2
- 10 X 10, 468 p., 399 F, éditions Phaidon, 2000, ISBN 0-7148-9094-4

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°127 du 11 mai 2001, avec le titre suivant : Le Top 100 (x 2) de la création

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