Monographie

Le monde selon Bosch

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2006

Un nouvel ouvrage chez Citadelles et Mazenod permet de faire le point sur les recherches récentes concernant l’artiste.

À l’automne 2001, le Musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam consacrait une vaste exposition à Jérôme Bosch (lire le JdA no 132, 14 septembre 2001). Les travaux de documentation effectués à cette occasion avaient permis un certain nombre de découvertes sur l’artiste. Ainsi, les analyses dendrochronologiques (procédé permettant de dater les tableaux) réalisées sur La Nef des fous conservée au Louvre, L’Allégorie de la gloutonnerie de New Haven, La Mort d’un avare de Washington et Le Colporteur de Rotterdam avaient prouvé que ces peintures appartenaient à un même triptyque dont la partie centrale avait disparu. Un ouvrage de référence, Jérome Bosch. L’œuvre complète, signé Jos Koldeweij, Paul Vandenbroeck et Bernard Vermet, avait alors paru tandis qu’un colloque scientifique en marge de la manifestation réunissait différents spécialistes du sujet. Fort de ces expériences Larry Silver, historien de l’art spécialiste des peintres flamands, apporte sa pierre à l’édifice et signe un nouvel opus sur Jérôme Bosch (1450-1516). Faisant largement référence aux travaux de ses compères, Larry Silver en réalise la synthèse pour offrir une approche globale de l’œuvre de cet artiste énigmatique et fascinant. Son analyse s’appuie sur l’observation des tableaux qu’il détaille et analyse avec minutie. Les chapitres s’organisent autour des thèmes chers à l’artiste : l’adoration des mages, l’antéchrist, les ténèbres, les saints thaumaturges, les tourments de saint Antoine, la luxure, les sept péchés capitaux, le combat contre les forces du mal, les scènes de la passion… L’auteur revient aussi sur les années de formation et le contexte artistique – une période fortement marquée par la tradition du retable et des images pieuses – qui a vu éclore l’œuvre de Bosch, sans oublier sa production graphique dont nombre d’attributions posent problème aujourd’hui encore. L’ouvrage inscrit l’artiste dans l’histoire de l’art flamand, évoquant les influences dont il s’est nourri – Hugo van der Goes à titre d’exemple – et les résonances de son œuvre sur la peinture néerlandaise. On pense inévitablement à Pieter Brueghel l’Ancien, qui a débuté en reprenant les thèmes boschiens, mais il faudrait citer aussi Joachim Patinir (actif de 1515 à 1524), Jans Sanders van Hemessen (actif entre 1524 et 1556) ou encore Jan Mandyn qui reprend un classique du maître, La Tentation de saint Antoine (après 1530). Point fort des éditions Citadelles et Mazenod, l’iconographie est particulièrement riche et fidèle. Avec de nombreuses reproductions en pleine page et quantité de gros plans sur les détails des compositions, les illustrations (plus de 300 au total) restituent parfaitement le génie et le savoir-faire de Bosch. Le lecteur peut s’immiscer dans l’univers fantastique du créateur et apprécier dans leur moindre détail des chefs-d’œuvre tels Le Jardin des délices ou Le Portement de croix. Un vrai bonheur pour les yeux et l’esprit.

Larry Silver, Bosch, éditions Citadelles et Mazenod (coll. « Les Phares »), Paris, 2006, 416 p., 174 euros, ISBN 2-85088-116-3.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°246 du 3 novembre 2006, avec le titre suivant : Le monde selon Bosch

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