Lundi 17 décembre 2018

L’actualité du multimédia

Brancusi, Matisse, Van Eyck et Paris

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 808 mots

Dans Brancusi par Brancusi, Blaise Cendrars raconte comment Modigliani et lui ont ramassé un jour des œuvres de Brancusi, dans sa poubelle, “pour les vendre séance tenante et boire durant huit jours, quinze jours, et faire une noce carabinée.” Il n’en dira malheureusement pas davantage, et c’est là le principal défaut de ce CD-Rom : tout y est réduit à la portion congrue.

Élaboré parallèlement à la rétrospective organisée par le Centre Pompidou, Brancusi par Brancusi n’a peut-être pas bénéficié de tout le temps nécessaire à une élaboration plus achevée. Ce CD-Rom se divise en trois parties : la première, intitulée “Brancusi joue”, est un diaporama d’environ quatre minutes qui retrace à grands traits la vie de l’artiste, la seconde, “Brancusi photographie”, explore une dizaine de thèmes (matière, formes, lumières, entourage, socle…) au travers des propres photographies de Brancusi, et le dernier volet, “Brancusi sculpte”, présente la biographie et le catalogue des œuvres.

La musique est omniprésente mais l’auteur a choisi de faire l’impasse sur les commentaires. L’élégance minimaliste de l’ensemble s’accompagne malheureusement d’un manque d’interactivité : absence d’index, de possibilités de retours, de passerelles thématiques…
- Brancusi par Brancusi, réalisé par Philippe Degeorges, coproduction Arborescence/RMN/Centre Georges Pompidou/Films d’ici/Havas édition électronique, compatible Mac et PC, 350 F.

Après Monet, Verlaine, Debussy, la collection “Triptyque” présente Matisse, Aragon, Prokofiev. Conçue sur le principe des correspondances et des affinités électives, cette série exploite intelligemment les possibilités offertes par le multimédia. Matisse, Aragon, Prokofiev bénéficie d’une qualité de reproduction améliorée, d’autant que les couleurs et le graphisme de Matisse s’adaptent remarquablement au support informatique.

Une réussite exemplaire d’une richesse incroyable : les tableaux, poèmes et extraits musicaux foisonnent dans une présentation soignée qui ménage une découverte croisée des trois artistes. Liens hypertextes, index, biographies, anthologies, musée virtuel, etc, rien ne manque à cette collection dont le prochain numéro, en préparation, sera consacré à Gauguin, Baudelaire et Tchaïkovski.
- Matisse, Aragon, Prokofiev, réalisation Guy Casaril, éditions Arborescence, compatible Mac et PC, existe en français et en anglais, 350 F.

Premier volet d’une série de cinq titres consacrée à la peinture flamande et hollandaise, Le temps de Van Eyck sera suivi par Le temps de Bruegel, Le temps de Rubens, Le temps de Rembrandt et Vermeer et les peintres du quotidien. Le temps de Van Eyck affiche clairement les ambitions de cette nouvelle collection qui vise le haut de gamme.

Le découpage chronologique en dix-huit peintres – des frères de Limbourg à Gérard David, en passant par Van Eyck et Memling – s’enrichit de dizaines de passerelles thématiques – la Vierge Marie, les anges, mais aussi le miroir, le trompe-l’œil, ou encore la ville, le paysage, etc. –, qui permettent d’explorer les richesses de cent vingt chefs-d’œuvre de l’École flamande du XVe siècle. Une fonction loupe permet même d’admirer des détails souvent difficilement décelables à l’œil nu.

Les peintres ont droit chacun à une biographie illustrée, et les œuvres sont étudiées avec soin.
Malheureusement, le commentaire n’est pas exempt de redondances et son débit haché nuit grandement à l’agrément de l’ensemble. Ce parti pris technique multiplie les apocopes involontaires en fin de commentaire et obscurcit le sens de nombre d’entre eux.
- Le temps de Van Eyck, réalisation André Hatala, coproduction ODA Laser Édition/RMN/Crédit communal de Belgique, avec la participation de la Communauté européenne-programme Impact II, compatible Mac et PC, 390 F.

Le don Hélène Meillassoux a permis au Musée national des arts et traditions populaires de s’enrichir, en 1990, de près de vingt mille cartes postales retraçant la vie des Français à la Belle Époque. Le Voyage merveilleux dans le monde de la carte postale en réunit quatre cents, regroupées par thèmes : la vie quotidienne, les petits métiers, les romances en vogue, etc. Mais aussi, les crues de la Seine, la construction du métro, les images de la Grande Guerre… Hélène Meillassoux s’intéressait également à des “curiosités” – comme les paysages “anthropomorphiques” ou les portraits “arcimboldesques” – qui sont rassemblées dans un kaléidoscope du plus bel effet.

- Voyage merveilleux dans le monde de la carte postale, une rétrospective de la collection Hélène Meillassoux, coproduction Musée national des arts et traditions populaires/RMN/FDA, français et anglais, compatible Mac et PC, 390 F.

Paris au fil du temps se présente sous la forme d’un diaporama – spirituellement commenté par Michel Le Moël, conservateur honoraire des Archives nationales –, conçu à partir des plans et des cartes du centre de Paris conservés aux Archives nationales. Il permet en outre de découvrir le fameux plan de Truschet et Hoyau, dit plan de Bâle, le plus ancien plan de Paris encore conservé (vers 1550). Les deux prochains CD s’étendront aux deux rives de la Seine et aux faubourgs.
- Paris au fil du temps. Tome 1 : Le cœur de Paris, coproduction Archives nationales/RMN, Photo CD Portfolio, compatible CD-I, Mac et PC, 50 plans historiques du centre de Paris, 150 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : L’actualité du multimédia

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