Samedi 22 février 2020

Commande

La première étude sur l’art urbain

Par Colin Lemoine · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2015 - 727 mots

Dans un « Plan-guide » en quatre volumes, le pOlau-pôle des arts urbains recense près de 300 initiatives qui renouvellent les formes et les modalités de la création en espace urbain.

L’art aurait-il muté au contact des territoires, comme l’affirme Maud Le Floc’h, urbaniste et directrice du pOlau-pôle des arts urbains ? Des collectifs de micro-architecture engagés dans l’aménagement d’espaces publics aux manifestations de street art qui préludent désormais à la moindre transformation spatiale, en passant par la participation de telle compagnie de danse ou de théâtre à la rénovation d’un quartier d’habitat social, la création in situ semble en effet depuis quelques années réinventer sa relation au contexte et assumer sa participation à la fabrique urbaine. « Le contact avec la ville, l’urbain ou les territoires a fait évoluer la création artistique, assure Maud Le Floc’h. Celle-ci a développé de nouvelles propriétés, des agilités au service de l’évolution des usages et des territoires eux-mêmes. »

S’il est impossible d’ignorer l’ampleur du phénomène, celui-ci demeure d’autant plus difficile à circonscrire qu’il constitue un objet hybride. Souvent collectif, il déborde les frontières disciplinaires. Il se définit aussi comme processus plutôt que comme production d’objets et revendique une valeur d’usage en rupture avec la conception courante de l’art comme sphère autonome. Il excède enfin le champ du 1 % artistique et ne se confond ni avec l’embellissement du cadre urbain, ni avec l’animation socioculturelle des « quartiers ». D’où la commande, passée en avril 2014 par le ministère de la Culture et de la Communication au pOlau-pôle des arts urbains, d’une étude nationale destinée à recenser les initiatives où l’intervention artistique croise la fabrique urbaine et à analyser les enjeux et questions soulevés par leur rencontre. Une entreprise de clarification dont la récente publication pourrait servir de prélude à un futur plan d’action.

Double expertise
La structure dirigée par Maud Le Floc’h était d’autant plus fondée à dresser pareil état des lieux qu’elle se place justement à l’interface entre artistes et acteurs territoriaux, et travaille depuis 2007 à les mettre en relation. Le Plan-guide « Arts & aménagement des territoires » porte la marque de cette double expertise en création in situ et en aménagement : destiné aux acteurs urbains publics ou privés, aux institutions chargées des politiques publiques mais aussi aux professionnels de l’art et de la culture, l’ouvrage est une somme de plus de 500 pages distribuées en quatre tomes. Entre analyse – notamment historique – des pratiques (tome I) et identification de « signaux faibles » susceptibles d’en préfigurer l’évolution (tome IV), il a repéré 300 initiatives, françaises pour la plupart, que viendra compléter dès décembre 2015 une plateforme collaborative en ligne destinée à recenser de nouvelles démarches. « Nous avons identifié deux grandes catégories d’initiatives, explique Maud Le Floc’h : celles qui viennent des mondes artistiques et potentiellement mobilisables pour des projets de transformation territoriale ; celles qui viennent de l’aménagement, de l’architecture ou du paysage, qui invitent les dynamiques artistiques à différentes étapes des projets. »

L’écueil de la caution morale
Le Plan-Guide pointe ainsi sept effets possibles de la rencontre entre création artistique et fabrique urbaine : selon les initiatives décrites, il s’agit de « fédérer les acteurs », de « faire la ville avant la ville », de « lire le territoire », de « transformer/requalifier », d’« ouvrir de nouveaux espaces de parole », de « susciter des méthodes alternatives d’urbanisme », et parfois tout cela ensemble. Les pratiques répertoriées y sont désignées comme autant d’« outils » et de réponses possibles aux défis posés par la fabrique urbaine – de l’injonction de transversalité à la participation des habitants. Pour autant, le Plan-guide n’élude pas les limites de ce type de projet, et pointe aussi bien le risque d’instrumentalisation réciproque des artistes et des acteurs territoriaux que celui, désigné par l’anglicisme « art washing », de voir la création servir de caution morale à des transformations urbaines pas toujours indolores… Selon Maud Le Floc’h, c’est d’ailleurs l’une des raisons d’être de l’étude que de guider l’action des commanditaires et de les inciter à la vigilance : « Ces assemblages innovants sont souvent le résultat de mises en tension, explique-t-elle. Pour autant ils peuvent faire contresens s’ils sont approximatifs ou s’ils ne considèrent pas les désirs, intérêts et résistances des parties en présence… Notre rôle est souvent de l’ordre de la haute couture. »

Plan-Guide « Arts et aménagement des territoires »

Étude nationale pour le ministère de la culture et de la communication réalisée par le pOlau-pôle des arts urbains, 4 tomes : Tome 1 : Analyse et pistes de réflexion et d’action, Tome 2 : Repérage d’initiatives « Arts et Culture », Tome 3 : Repérage d’initiatives « Villes et Territoires », Tome 4 : Champs thématiques émergents – signaux faibles et signes des temps, 518 pages au total, 25 €. Disponible sur demande auprès du pOlau, www.polau.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°445 du 13 novembre 2015, avec le titre suivant : La première étude sur l’art urbain

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