La belle nature de Patel

Natalie Coural dresse l’œuvre complet du peintre et de ses fils

Le Journal des Arts

Le 8 juin 2001

Si Pierre Patel (1605-1676) « s’est spécialisé dans un genre et n’a pas cherché à en sortir », il constitue néanmoins une figure essentielle de l’art du paysage en France au XVIIe siècle. La monographie, qui lui est consacrée ainsi qu’à ses fils Jacques et surtout Pierre-Antoine, donne une image plus claire de son œuvre, et la resitue dans le courant de l’atticisme parisien.

On peut, avec Natalie Coural, considérer que le tableau du Louvre conçu pour le cabinet de l’Amour, à l’hôtel Lambert, est “le plus beau paysage peint à Paris au XVIIe siècle” ; il n’en demeure pas moins que Patel “n’a ni le pouvoir créateur, la largeur d’imagination ou le lyrisme d’un Claude ou d’un Dughet”. Toutefois, si ses toiles ne comportent “aucun arrière-plan philosophique”, on y trouve en revanche “une poésie constante”, toute en “discrétion, finesse et silence”. Et, ainsi que l’auteur s’attache à le démontrer, son art ne se résume pas la répétition stérile d’une formule tôt établie : des paysages d’un monde idyllique, baigné d’une lumière cristalline et ponctué de pittoresques ruines antiques, dans lequel évoluent, en harmonie avec une nature bienveillante, aussi bien bergers et pêcheurs que personnages bibliques. En effet, à la fin de sa carrière, “sa Vue de Versailles révèle des recherches documentaires, topographiques et pittoresques, nouvelles à cette date. Patel y a joint une étude sensible de la lumière et de l’atmosphère, différente de ce qu’il avait fait jusqu’alors”. Malgré l’intérêt de l’artiste, écrire aujourd’hui une monographie et tenter d’établir son catalogue raisonné se heurte à des obstacles nombreux : “pas de biographie ancienne, peu de documents d’archives ; des œuvres assez rarement datées, aucune date certaine avant que l’artiste ait atteint la quarantaine ; des tableaux dispersés dont on ignore la destination d’origine”. Sans parler des inévitables destructions (seuls 46 peintures, 20 dessins et 3 gravures subsistent). À l’issue de sa recherche, Natalie Coural a mis un peu d’ordre dans les attributions et la chronologie, elle a surtout fait la part entre les tableaux de Patel et ceux de ses fils, Jacques (vers 1635-1662) et Pierre-Antoine (1648-1708). Formés à l’art du paysage par leur père, ils ont exploité les formules mises au point par ce dernier.

Le début de la carrière de Patel reste assez énigmatique, l’hypothèse d’un voyage en Italie jugée “fort improbable”. La découverte de l’Antiquité si présente dans ses tableaux s’est vraisemblablement effectuée par l’intermédiaire de la peinture et de la gravure. Par ailleurs, l’auteur spécule un peu sur toutes les influences possibles et imaginables, de l’école de Fontainebleau aux artistes romano-bolonais, des nombreux Flamands installés à Paris à Bellange et Callot. En s’appuyant sur des faits avérés comme le passage dans l’atelier de Simon Vouet, elle peut tirer quelques conclusions plus précises et convaincantes sur la formation de sa manière. Auprès de Vouet, il acquiert “une meilleure connaissance de la peinture romaine”, mais aussi “le goût pour des couleurs claires et lumineuses et pour une matière picturale onctueuse, le sens du ‘bien peint’ où la touche reste affirmée, même dans le détail”. Dans cet atelier, il croise certainement Eustache Le Sueur, pour lequel il aurait peint les paysages dans le célèbre cabinet des Muses à l’hôtel Lambert (une participation “quasiment certaine”). Par ailleurs, l’analyse comparée de ses œuvres avec celles de Lorrain, Mauperché, Pérelle et surtout La Hyre, en souligne la singularité : sans lui, “il manquerait assurément une note poétique essentielle au panorama de notre peinture du XVIIe siècle”.

- Natalie Coural, Les Patel, paysagistes du XVIIe siècle, éd. Arthéna, 2001, 447 p., 600 F. ISBN 2-903239-28-2.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°129 du 8 juin 2001, avec le titre suivant : La belle nature de Patel

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