Vendredi 23 février 2018

Design

Ici Londres, Ron Arad vous parle...

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 11 octobre 2007

Les éditions Phaidon proposent une discussion à bâtons rompus avec le designer installé à Londres.

Dans cet ouvrage intitulé Ron Arad parle à Matthew Collings, le designer Ron Arad, né en 1951 à Tel Aviv, livre un entretien à bâtons rompus avec le critique d’art britannique Matthew Collings. Et il parle beaucoup Ron Arad, de sa vie surtout, comme son enfance en Israël ou son arrivée à Londres en 1973, d’abord simplement « pour faire un break d’une zone en guerre », puis, l’année suivante, pour suivre les cours de l’Architectural Association, fameuse école d’architecture dont il sortira diplômé en 1979. Parfois l’un commence une phrase, le second l’achève. Les sujets se télescopent : la différence entre art et design, les architectes qui ne construisent pas (Archigram), l’art minimal américain (Donald Judd), la TVA, le rock (Bob Dylan)… De vraies pipelettes dans un salon de coiffure ! Mais le dialogue est passionnant.
À propos du premier atelier que Ron Arad investit dans le quartier de Covent Garden, en 1981, Collings demande : « Que pensais-tu que tu allais faire dans ce lieu ? » « Je ne savais pas, répond Arad. Je ne pensais certainement pas au design. Or la première chose que j’ai faite, ici, fut ma première pièce de mobilier : la chaise Rover. » Une sorte de ready-made à la Duchamp constitué d’un véritable siège de Rover, récupéré dans une casse auto, et de deux tubes en arc de cercle en guise d’accoudoirs. Son premier client sera… Jean Paul Gaultier, « un petit Français sympa », si « sympa » d’ailleurs que, deux ans plus tard, le couturier fera appel à lui pour aménager sa boutique londonienne Bazaar. Ron Arad était lancé.

Dessiner comme Oldenburg
Le tête-à-tête est entrecoupé de photos et de dessins (plus de 350) de ses réalisations emblématiques, dont les plus récentes, comme le showroom Maserati à Modène (Italie) et la boutique Y’s pour Yohji Yamamoto, à Tokyo. Sont montrés également quelques projets en cours, tel le Upperworld Hotel, édifice de 50 chambres luxueuses qui devrait s’installer sur le toit de l’ancienne centrale électrique de Battersea, à Londres. De cette galerie d’objets et d’aménagements intérieurs sourd une passion notable pour les arts plastiques. Pas étonnant lorsqu’on sait que les parents Arad, tous deux artistes, avaient abonné leur fils, dès l’âge de 16 ans, à la revue d’art Artforum. À l’époque, le jeune Ron baigne en plein mouvement pop et veut « dessiner comme Claes Oldenburg ». Ses premières créations flirteront, elles, avec l’art brut. La Concrete Stereo est une chaîne hi-fi, dont les divers éléments sont en béton, et Platform C, un lit conçu avec… des tubes métalliques d’échafaudage.
En l’espace de vingt ans, Arad basculera du monde du quasi-recyclage à l’univers des hautes technologies et matériaux sophistiqués, au coût de fabrication inversement proportionnel. Nombre de ses pièces seront d’ailleurs réalisées grâce au financement du fortuné galeriste belge Ernest Mourmans.
Produits industriels ou architectures, la particularité majeure de Ron Arad est son emploi chronique de la courbe, même si, prévient-il, « je tiens à préciser que je n’ai aucun problème avec les lignes droites ». En avril dernier, au Salon du meuble de Milan, le designer a montré, sur le stand Moroso, une belle chaise sinueuse, Three Skin, trois minces feuilles de bois laqué contrecollées. Dans le livre, Matthew Collings a trouvé le mot juste : « finesse », en français dans le texte. Sous Arad la brute, il y a Ron la douceur.

Ron Arad talks to Matthew Collings, éd. Phaidon, 2004, 248 p., en anglais, 69,95 euros. ISBN 0-7148-4310-5

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°199 du 24 septembre 2004, avec le titre suivant : Ici Londres, Ron Arad vous parle...

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