Dimanche 21 octobre 2018

Planète Design

Génération montante

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2007 - 743 mots

Phaidon dresse le portrait de cent jeunes designers.

En 1998, la maison d’édition anglaise Phaidon a lancé un concept original : faire découvrir en un seul et même ouvrage une génération montante dans divers domaines de la création (art contemporain, architecture, photographie). Chaque opus résulte du choix de dix personnalités internationales et reconnues (galeriste, critique, curateur, journaliste), lesquelles ont chacune sélectionné dix créateurs. Au total, le lecteur découvrira donc cent jeunes concepteurs par livraison. Ont déjà paru Blink pour la photographie, Area pour le graphisme, Échantillon pour la mode, deux opus de 10x10 pour l’architecture et quatre de Cream pour l’art contemporain. Pour le design, il y a eu Spoon [« Cuiller »], paru en 2002, auquel s’ajoute aujourd’hui & Fork [« &Fourchette »], qui vient de paraître. On soupçonne d’ailleurs que le tome 3, s’il voit le jour, pourrait s’appeler Couteau, Petite cuillère, voire Verre à pied… En attendant, & Fork montre, photographies et dessins à l’appui, le travail de cent designers qui ont émergé ces cinq dernières années.
Toute sélection est évidemment subjective. Le lecteur ne s’étonnera donc pas de voir apparaître certains pays plutôt que d’autres sachant qu’ils sont bien représentés, ou non, au sein du comité des dix « sages ». Quelques chiffres donnent néanmoins des indications. Seuls vingt-trois pays dans le monde ont eu les faveurs du comité de sélection. Avec, entre autres, la Grande-Bretagne (13), les Pays-Bas (10), la France et la Suisse (8 chacun), enfin, l’Allemagne (5), l’Europe monopolise les nominations, dépassant le seuil fatidique des cinquante élus. En regard, les autres continents passés à la loupe sont l’Asie – Japon (11) et Corée du Sud (5) –, l’Amérique – Brésil (10) et États-Unis (5) –, enfin, l’Australie (9). L’Afrique, elle, est invisible. Tout aussi relatifs que soient les chiffres, sourd dès lors un classement des écoles. L’emporte haut la main le Royal College of Art de Londres – près d’une vingtaine d’impétrants sur cent y sont passés. Suivent la Design Academy d’Eindhoven, l’École cantonale d’art de Lausanne et l’École nationale supérieure de création industrielle de Paris (ENSCI). Hormis une poignée de quadras que l’on peut amplement considérer comme « installés » (les Suisses Yves Béhar et Atelier Oï, les Français Pierre Charpin ou Patrick Jouin, la Néerlandaise Ineke Hans), ce panorama est surtout intéressant parce qu’il fait effectivement place à la nouvelle génération. On retrouve ainsi les Allemands Julia Lohmann et Stefan Diez, les Néerlandais Wieki Somers, Joris Laarman et Demakersvan, la Brésilienne Tété Knecht, les Suédoises Front, les Français Nicolas Le Moigne et David Dubois, le Belge Xavier Lust, le Suisse Adrien Rovero, ou encore, le duo Clemens Weisshaar (Allemagne) et Reed Kram (États-Unis). La variété des nationalités réunies au sein du comité de sélection permet, en outre, d’ouvrir davantage le « diaphragme » sur une scène habituellement enclavée entre Europe et Japon. Ainsi, la « curatrice » brésilienne Maria Helena Estrada, rédactrice en chef du magazine Arc Design, a, elle, distingué une flopée de designers de São Paulo, témoignant de fait que, derrière les célèbres frères Campana, le vivier est encore bien fourni.

Profils éclectiques
Au fil des pages s’affichent toutes sortes de profils : du pur designer produit comme Ichiro Iwasaki (Tokyo) à de vrais « ovnis », tels le Tchèque Maxim Velcovsky et ses bottes-vases en porcelaine, l’inventeur de robots japonais Tatsuya Matsui ou le Coréen Jackson Hong, dont les créations tiennent davantage de la performance. Ainsi en est-il de son Lovely Polisher X, sorte d’aspirateur à porter sur soi « qui permet à son utilisateur de montrer son affection à une personne sans lui parler, mais en aspirant la poussière sur ses chaussures (sic !) ».
S’il est un designer qui, effectivement, a toute sa place dans cet opus, c’est bien l’espiègle Portugais Fernando Brizio (lire le JdA n°180, 7 novembre 2003). On peut d’ailleurs voir dans le portfolio qui lui est consacré l’un de ses derniers et non moins désopilants projets, baptisé Journey [« Voyage »], une collection de céramiques que le designer a conçue, en 2005, de manière peu orthodoxe. Avant la cuisson et afin d’obtenir « des formes à la fois étranges et merveilleuses », Brizio a en effet placé toute cette série de pièces en terre dans le coffre d’un 4x4 puis est parti rouler sur une piste on ne peut plus cahoteuse. Résultat : les soubresauts de la voiture ont fait d’eux-mêmes se modifier les formes originelles et donné à chacune une silhouette assurément unique. Comme quoi le design peut aussi se concevoir avec force humour.

« & FORK », éd. Phaidon, 2007, 444 pages, 600 photographies en couleur, en anglais, 69,95 euros, ISBN 978-0-7148-4768-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°266 du 5 octobre 2007, avec le titre suivant : Génération montante

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