Vendredi 23 février 2018

Frédéric Martinez, Claude Monet. Une vie au fil de l’eau

Claude Monet - Portrait impressionniste

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 21 juin 2010

BIOGRAPHIE - Avant d’accorder sa confiance au titre d’un livre, il faudrait toujours se rappeler combien ces quelques lettres inscrites hautes et grasses sur la couverture sont le résultat d’âpres négociations entre un auteur et son éditeur : le premier défendant l’esprit de l’œuvre, le second son efficacité marketing.

Dans le cas du dernier livre de Frédéric Martinez, de négociation il ne semble pas y avoir eu. « Ce qui m’intéressait, c’était sa fascination, son rapport à l’eau », raconte Martinez dans une pastille vidéo en ligne sur Dailymotion [« Dialogues. 5 questions à Frédéric Martinez »], à propos de Monet et du texte qu’il lui consacre, et de continuer : « D’où le titre : Claude Monet. Une vie au fil de l’eau, trouvé par mon éditrice ici présente. » Martinez se retourne alors en direction de son éditrice, sans piper mot sur ce qu’il pense de « son » titre ou, plus exactement, du titre de « son » livre. Car ce dernier pose un problème, et de taille. S’il est bien ici question d’une vie, Claude Monet. Une vie au fil de l’eau n’en déroule à aucun moment le fil continu de l’eau.

Au contraire, Martinez isole dans son texte des parcelles de la « rivière » Claude Monet, dont il interrompt sans cesse le cours, qu’il remonte ou redescend comme bon lui semble. Au lieu de privilégier l’approche traditionnelle qui aurait consisté à partir de la formation du jeune caricaturiste pour arriver à la disparition du chef de file de l’impressionnisme, l’auteur place Monet sur le billot, le découpe en rondelles pour en servir des morceaux choisis copieusement dans le désordre. Il ne s’agit pas d’une biographie sans queue ni tête, non ! mais d’une succession de tranches de vie dont l’enchaînement nous échappe. Comme autant d’impressions.

« Impression », ce même mot qui, lancé par agacement par Monet pour intituler son soleil levant sur le port du Havre, a donné corps aux « impressionnistes ». Parce que Frédéric Martinez aborde le genre de la biographie comme un peintre, passant d’un épisode de la vie du maître à un autre comme autant de coups de pinceaux : de la collection d’ukiyo-e du maître à son amitié avec Octave Mirbeau, sans autre forme de transition. Mieux, Martinez ne prend jamais pour sujet la « vie » de Monet, mais « Monet » lui-même dans ce qui s’apparente davantage à un portrait qu’à une biographie. Comme un portraitiste impressionniste qui écrirait sur le motif.

Frédéric Martinez, Claude Monet. Une vie au fil de l’eau, Taillandier, 256 p., 18 e.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°626 du 1 juillet 2010, avec le titre suivant : Frédéric Martinez, <i>Claude Monet. Une vie au fil de l’eau</i>

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