Dimanche 21 octobre 2018

Bilan

Étude

Évaluer les politiques publiques de la culture

En cette année électorale, une publication utile associe études de cas et approche historique pour un bilan de l’évaluation des politiques culturelles.

Chez les candidats à l’élection présidentielle de 2017 qui publient leurs « propositions pour la culture », l’analyse de l’existant est souvent peu développée. Dans ce contexte, le dernier ouvrage publié par le Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la Culture et de la Communication a le mérite de proposer un état des lieux original et scrupuleux (il pointe régulièrement ses propres insuffisances) de la politique culturelle.

L’ouvrage rend compte des 7es Journées d’économie de la culture et de la communication, un colloque qui s’est tenu en septembre 2015 à la Bibliothèque nationale de France. Il propose une approche historique et très claire de l’évaluation des politiques publiques, et son application dans le domaine culturel. Il présente également plusieurs cas pratiques (commission Hadopi, projets socio-éducatifs, dispositifs d’incitation à la consommation culturelle…), incluant quelques analyses économétriques détaillées. Enfin, il questionne la pertinence de nouveaux outils d’évaluation, notamment numériques. Les articles sont davantage centrés sur les modalités d’évaluation que sur les résultats à proprement parler. Néanmoins, on y lit avec intérêt des analyses de fond.

Primat au quantitatif
Deux problèmes récurrents sont pointés par la vingtaine de contributeurs : le primat – injustement – donné au quantitatif, et le manque de temps accordé à l’évaluation. Il est vrai que les objectifs socio-éducatifs des politiques publiques, à l’échelle nationale ou territoriale, sont difficilement quantifiables. Comment mesurer par exemple l’impact d’un projet comme le Démos (dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale), piloté par la Cité de la musique à Paris ?

L’ouvrage recense les tentatives effectuées et détaille les problèmes de méthodologie rencontrés. Aux États-Unis, un programme dénommé « Little Kids Rock », qui vise aussi à l’intégration par la pratique musicale, a choisi comme variable d’évaluation le décrochage scolaire. En mesurant celui des enfants bénéficiaires, comparé à celui d’échantillons supposés équivalents non touchés par le programme, il tente de conclure sur son efficacité. Ces exemples sont passionnants, mais les études reposent soit sur des données quantitatives partielles ou peu opérantes, soit sur des données qualitatives. Or leur exploitation, pertinente sur le long terme, est peu compatible avec le temps politique, qui préfère les réponses rapides et chiffrées aux retombées lointaines et incertaines des actions de fond.

Ensuite, et c’est un corollaire du point précédent, les contraintes budgétaires obligent les collectivités comme les professionnels du secteur culturel à arbitrer en faveur des programmes, au détriment de leur évaluation.

Une fois ce constat établi, quelles conclusions tire-t-on des évaluations menées ? D’abord, elles contribuent à légitimer l’action publique. Ensuite, si certaines se résument à un audit technique réalisé a posteriori, peu éclairant à long terme, d’autres études permettent de corriger en temps réel les effets pervers de certaines politiques : modalités de sélection des bénéficiaires, implication des acteurs locaux… À ce titre, les évaluations sont précieuses.

D’un autre côté, la primauté donnée au quantitatif amène parfois à réduire l’impact estimé d’une politique culturelle à son caractère mesurable. On pense notamment à toutes les études estimant l’impact économique des grands festivals et de l’offre culturelle sur un territoire donné. Or, certains calculs publiés ici, sur le Festival d’Avignon ou les « Capitales européennes de la culture », tendent à minorer leur bénéfice strictement économique. Jusqu’à mettre en danger leur légitimité ? Certains acteurs se pénalisent eux-mêmes en fabriquant ces estimations, alors que l’utilité territoriale, sociale et culturelle de ces événements fait consensus. C’est pourquoi l’économiste Maya Macache-Beauvallet estime qu’il est inutile de vouloir à tout prix illustrer un propos par un chiffre. La statistique pourtant semble devoir déterminer le choix politique, certains misant sur les mégadonnées (big data) pour aider l’évaluation des politiques culturelles à surmonter ses défis méthodologiques.

Évaluer les politiques publiques de la culture, Yann Nicolas et Olivier Gergaud (sous la direction de)

Ministère de la Culture et de la Communication, Département des études, de la prospective et des statistiques, coll. « Questions de culture », 144 pages, janvier 2017, 12 €.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°473 du 17 février 2017, avec le titre suivant : Évaluer les politiques publiques de la culture

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